La Grèce entre émeutes et plan d’austérité

Le 12 février, peu avant minuit, le Parlement grec entérinait le vote « mémorandum » de politique économique convenu entre Athènes et ses créanciers publics, l’Union européenne et le FMI. Pendant ce temps, les pompiers tentaient de maîtriser les dizaines d’incendies allumés dans la capitale grecque… Bilan de cette guerilla urbaine contre une paupérisation accélérée du peuple : plus de 120 blessés et 45 bâtiments endommagés.

En quoi consiste exactement ce plan d’austérité ?

De ce plan, les médias ont surtout relevé les mesures les plus susceptibles de créer colère et haine contre un gouvernement en roue libre totale, livré à une succession de plans établis par l’Union européenne et le FMI : la baisse de 22% du salaire minimum (586 euros brut sur quatorze mois), la baisse de 32% de celui des jeunes de moins de 25 ans, la baisse des pensions de retraite et la suppression de 15.000 emplois de la fonction publique. Détaillons ici toutes les mesures.

Mesures d’économies budgétaires prévues en 2012

– Réduction des frais de dépense de médicaments d’au moins 1,076 milliard d’euros en 2012, et des heures supplémentaires pour les médecins hospitaliers d’au moins 50 millions d’euros.

– Coupe dans les dépenses militaires de 300 millions d’euros.

– Suppression de quelque 500 postes de maires, adjoints et personnel de collectivités locales (économie de 30 millions d’euros), réduction des dépenses du gouvernement central liées aux élections d’au moins 270 millions d’euros.

– Baisse du budget d’investissement public de 400 millions d’euros.

– Réduction sur les retraites ou retraites complémentaires les plus élevées permettant d’économiser 300 millions d’euros de subventions aux caisses.

– Une économie supplémentaire de 325 millions d’euros doit être identifiée et mise en œuvre en consultation avec la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

– Les salaires des régimes spéciaux de la fonction publique (magistrats, police…) soustraits à la nouvelle grille salariale vont être abaissés de 10 % en moyenne à partir du 1er septembre.
Privatisations

– Vente prévue au premier semestre des parts publiques dans les compagnies gazière (Depa), des eaux (Eydap-Eyath), pétrolière (Helpe), et des Jeux (Opap). L’objectif est d’encaisser 4,5 milliards entre juin 2011 et fin 2012, et 15 milliards d’ici la fin 2015.
Marché du travail

– Le salaire minimum établi par la convention collective sera réduit de 22 % par rapport à son niveau de janvier 2012.

– Pour les jeunes de moins de 25 ans, la baisse est de 32 %.

– Suppression des hausses automatiques de salaires, y compris celles basées sur l’ancienneté.

– Limitation à trois ans des accords collectifs concernant les salaires.
Loi fiscale

– Adoption d’une réforme-cadre d’ici juin 2012, augmentation des contrôles fiscaux, embauche de contrôleurs, fermeture des bureaux d’impôts inefficaces, mise en réseau informatique des perceptions, préparation d’un plan anti-corruption pour septembre 2012.

Manifestations à Athènes devant le Parlement le 12 février 2012 L. GOULIAMAKI / AFP

Fonction publique

– Avant fin 2012, 15 000 salariés de la fonction publique seront placés dans une réserve de main d’œuvre, payés à 60 % de leur salaire de base avant d’être licenciés au bout d’un an ou deux pour les gens proches de la retraite.
Santé

– Poursuite de la réforme du système de santé publique commencée en 2010 (développement des médicaments génériques, des e-prescriptions, centralisation des achats de médicaments).

Recapitalisation des banques

– Les banques se verront chacune donner une date limite par la Banque centrale pour procéder à leur recapitalisation sur le marché, la date limite finale étant septembre 2012.

– Elles pourront aussi avoir accès au Fonds grec de stabilité financière. Le gouvernement fera en sorte que les banques gardent leur autonomie de jure et de facto. Les droits de vote des actions ordinaires que le fonds détiendra seront limités aux décisions stratégiques.

Les émeutes en direct sur Twitter et Ustream

Toute la journée du 12 février, comme les rues d’Athènes, les réseaux sociaux s’enflamment :  sur Twitter, l’internaute naviguent de nouvelles en nouvelles grâce aux hashtags #12fgr, #Syntagma et #Grèce, tandis que Ustream diffuse en direct les affrontements de la place Syntagma entre policiers et manifestants. Peu après minuit, on apprend par YourAnonNews que les Anonymous ont piraté la site de la police grecque. D’autres sites gouvernementaux suivront. L’internaute assiste à des affrontements généralisé, dans les rues comme sur Internet, entre le « peuple » et les institutions.

Quelques candidats à l’élection présidentielle française de 2012 ont réagi en direct, notamment Nicolas Dupont-Aignan qui écrit dès l’après-midi : « la Grèce s’enfonce dans le chaos. Comme l’Argentine à l’époque arrimée à un Dollar trop fort ! Seule issue la sortie de l’Euro ». On a également lu les réactions outrées de Marine Le Pen, Dominique de Villepin, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou. C’est tout pour les candidats officiels sur Twitter.

Réactions des politiques français sur Twitter

D’autres manifestations sont encore à venir en Grèce car ce nouveau plan d’austérité risque de radicaliser encore plus le peuple. Ses cibles ? Le gouvernement grec, le FMI, l’Allemagne et les marchés financiers en général. Depuis la crise des subprimes, la lutte des classes n’a jamais été aussi d’actualité.

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