Le libéralisme à bout de souffle ?

Dans un ouvrage collectif « L’économie autrement : le libéralisme à bout de souffle ? » publié l’an dernier par la FACO-Paris, sept économistes s’interrogent sur les conséquences de la crise sur les modèles économiques actuels. Par une condamnation du libéralisme, ces économistes prônent un retour aux valeurs premières du capitalisme et à un certain humanisme « chrétien ». Plus qu’une crise économique, il s’agit d’une crise des valeurs.

Rappelons tout d’abord que la FACO-Paris est une université dont l’ambition est de permettre à ses élèves de « devenir les hommes dont le monde a besoin », en accord avec l’humanisme chrétien. Créée en 1967 par des professeurs de l’Institut Catholique de Paris – qui n’autorisait plus l’enseignement de disciplines profanes – la FACO-Paris est aujourd’hui une faculté libre de Droit, d’Economie et de Gestion. Située au cœur de Paris, c’est un établissement d’enseignement supérieur non confessionnel privé et non sectorisé.

Une sorte de nihilisme relativiste

Dans l’introduction de l’ouvrage, Jean-Pierre Audoyer, doyen de FACO-Paris, explique le point de départ de la réflexion : « le monde connaît depuis près de trois ans une crise mondiale considérable, sûrement la crise la plus importante depuis la seconde guerre mondiale. L’effondrement des idéologies a laissé place à une sorte de nihilisme relativiste qui s’étend à tous les domaines en renversant l’échelle des valeurs au profit de la seule technique dont la finalité principale devient l’accumulation de l’argent, ce qu’Aristote appelait la chrématistique, l’accumulation de l’argent pour lui-même, par opposition à l’économie de service ».

En effet, « la vision classique des Grecs reconnaissait une échelle des valeurs dont les échelons étaient les suivants : le religieux, le culturel, le politique, l’économique et la technique. La technique y compris financière est au service de l’économie. Nous assistons aujourd’hui à un retournement désastreux qui évoque d’abord la technique, puis l’économique, le politique, le culturel et enfin le religieux ».

Selon Jean-Pierre Audoyer, et en accord avec le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz (on assiste à un triomphe de la cupidité), « le problème de notre système économique est moins dans son fonctionnement que dans notre système de valeurs ».

Pour en finir avec la financiarisation de l’économie

L'économie autrement : le libéralisme à bout de souffle ?

Plus loin dans l’ouvrage, Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance et président de l’Association internationale pour l’enseignement social chrétien, revient sur le côté systémique de la crise, due à la financiarisation de l’économie et à la dérégulation politique des trente dernières années. Cette prééminence de la logique financière, répondant à une logique libérale s’opposant à l’esprit du capitalisme (livre également « Le capitalisme à l’agonie  » de Paul Jorion à ce sujet), a irrémédiablement engendré des « défaillances » d’ordre moral de la part des banquiers et des financiers. Nous l’avons largement constaté dans les événements de 2007-2008 : défaut de conseil et de vigilance, excès d’avidité, absence de responsabilisation sur ce qu’on produit, vend ou conseille. Une déresponsabilisation des acteurs économiques qui finit par « pourrir » le système.

Paul Dembinski relève trois conséquences de cette dérégulation et de cette financiarisation de l’économie :

– La financiarisation a débouché sur la prééminence quasi absolue de la transaction au détriment de la relation : la finance contemporaine a triomphé parce qu’elle a porté au paroxysme la quête du gain en capital, synonyme de capture immédiate des revenus futurs actualisés, capture réalisée instantanément dans la transaction.

– L’ethos de l’efficacité a eu progressivement raison des résistances morales et s’est imposé comme le critère ultime de jugement. Cette tendance est sur le point de déboucher sur une « aliénation éthique » généralisée.

– L’ethos de l’efficacité émancipé de l’autorité de la morale a progressivement encouragé l’expression de plus en plus brutale de la cupidité. Ainsi, ont augmenté les possibilités d’expression des penchants égoïstes présents dans la nature humaine.

Mais qu’est-ce… mais qu’est-ce qu’on attend ?

Les économistes de la FACO-Paris ne sont pas les seuls à dénoncer depuis années cette dérive de la finance et une certaine trahison du capitalisme. Et pas la peine de chercher du côté des penseurs marxistes pour les trouver. On peut citer Joseph Stiglitz, Paul Jorion et les économistes du Fonds de dotation CAPEC. Pourtant, depuis 2007, que s’est-il vraiment passé ?

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