Michel Aglietta et le financement de la croissance soutenable

Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l’Université Paris X, conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), membre de l’Institut universitaire de France, et professeur de macroéconomie au sein de la majeure Alter Management de HEC. Il a été membre du Cercle des économistes et, de 1997 à 2003, du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre.

Le système économique actuel est mort et ne se relèvera pas

Dans l’ouvrage collectif « La finance durable : une nouvelle finance pour le XXIè siècle », publié en octobre 2011, Michel Aglietta s’interroge sur les mutations du système économique actuel, nécessaires pour éviter une succession rapide de crises, comme c’est actuellement le cas.

Pour Michel Aglietta, le système économique actuel est mort et ne se relèvera pas ; il est temps de trouver de nouveaux paradigmes et des nouveaux moyens de croissance : « le régime de croissance fondée sur la surconsommation occidentale, financée par la fuite dans l’endettement débridé et combinée à la dépendance excessive de la croissance émergente vis-à-vis de l’exportation, a révélé qu’il était insoutenable. Il ne renaîtra pas de ses cendres ».

Il existerait cinq dysfonctionnements structurels :

1) La finance est devenue un secteur prédateur qui, de par sa nuisance systémique, tient en otage toute la société. Financer le long terme passe par une autre architecture financière.

2) La crise sociale découle de la déconnexion de l’évolution des salaires réels et des gains de productivité.

3) La crise écologique, alimentaire et énergétique, provient de l’écart entre la progression rapide de la consommation dans les pays émergents sur le modèle occidental et le coût croissant des ressources non renouvelables, la raréfaction des terres cultivables et la pression sur l’écosystème.

4) Les déséquilibres globaux dans les comportements d’épargne et d’investissement : fuite en avant dans l’endettement dans les pays occidentaux / insuffisance d’investissements rentables et manque de prise en charge des risques sociaux dans les pays émergents.

5) Ces déséquilibres ont été transformés en une croissance vertigineuse de la liquidité mondiale à cause des imperfections des marchés de capitaux des pays émergents. Ceux-ci ne permettent pas aux acteurs privés de diversifier leurs risques de change sur le long terme.

Le régime de la croissance mondiale d’après-crise va dépendre d’investissements massifs, innovants et donc risqués. Ils ne peuvent se faire sans une reconnaissance de la valeur sociale du carbone. Celle-ci est possible pour recomposer le système financier, même si les marchés de droit à polluer et la taxe carbone n’existent pas : « l’incorporation de la valeur sociale du carbone, dans les calculs des investissements dès aujourd’hui, a pour raison d’être d’entreprendre des investissements qui, s’ils sont retardés, risquent d’être trop tardifs pour enrayer le risque écologique systémique ».

Arguments pour la création d’un fonds vert européen (FVE)

La finance durable (RB Éditions)

Pour Michel Aglietta, « ce serait la moindre des choses que l’Europe, qui prétend avoir un marché unique des services financiers, crée un seul fonds vert pour toute l’Europe. Appelons-le Fonds vert européen (FVE). Ce fonds serait exclusivement un intermédiaire : attirer l’épargne longue des investisseurs institutionnels à son passif et fournir des financements à des organismes financiers divers et spécialisés dans le financement des investissements environnementaux à son actif ».

Le FVE serait une « institution financière publique européenne dont le contrôle devrait logiquement être exercé par le parlement européen, ou conjointement par le conseil et le parlement […] Le FVE pourrait ainsi devenir un formidable vecteur du financement de l’innovation pour l’Europe, qui pourrait alors garder le leadership technologique dans le domaine le plus décisif du régime de croissance de l’actuel demi-siècle. Ce serait un outil permettant à l’Europe de réaliser la cohérence entre la politique climatique, celle de l’environnement en général et la politique macroéconomique ».

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