Riche semaine pour l’économie solidaire en France

Cette semaine, deux événements ont marqué le secteur du social business : la création d’un fonds 100% social business par la Fondation Grameen Crédit Agricole et la tenue d’un colloque sur la place de l’entrepreneuriat social en France, organisé par le Centre d’analyse stratégique. Ce billet poursuit la réflexion par le billet précédent : « la microfinance est-elle une solution pour l’Union européenne ? »

Création d’un fonds 100% social business

Le 6 mars, la Fondation Grameen Crédit Agricole a officialisé la création d’un fonds 100% social business, d’un montant de 15 à 20 millions d’euros. Ce fonds s’adresse à des investisseurs avertis, socialement motivés, désireux de combiner esprit d’entreprise et esprit de solidarité. Muhammad Yunus, administrateur de la Fondation, mais également fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh et Prix Nobel de la Paix, était présent pour apporter son témoignage et montrer l’importance du social business.

Muhammad Yunus et Jean-Marie Sander, Président du Crédit Agricole

Dans son discours, Muhammad Yunus s’est montré confiant quant à l’ouverture progressive de banques de microfinance en Occident. Il a pris l’exemple des États-Unis, parangon du libéralisme échevelé, aujourd’hui gravement touché par ses dérives financières destructrices, pénalisant bien sûr les plus pauvres. Il existe actuellement trois banques Grameen America : à New York, à Omaha (Nebraska) et à Indianapolis… et deux autres banques vont ouvrir cette année à San Francisco et Detroit. Le modèle du microfinancement est donc soluble en Occident. Concernant spécifiquement le social business, Yunus a expliqué les bases de son concept : les institutions de microfinance prêtent de l’argent à des entreprises ou des entrepreneurs qui remboursent. Mais ensuite, les institutions de microfinance reprêtent cet argent à d’autres investisseurs, car le but n’est pas de faire du profit mais d’aider à la création et au développement d’entreprises.

On imagine que ce manque de recherche du profit pour le profit ne plaira pas à tout le monde. Mais comme le souligne Yunus, « l’argent est devenu aujourd’hui, non plus un moyen, mais une fin en soi… Quand on a gagné 1 million, on veut gagner 2 millions, puis 10 millions, et ainsi de suite… Mais pour quoi faire ? A quoi sert cet argent ? Nous ne sommes pas des robots, nous sommes des êtres humains ».

C’est donc pour soutenir cette vision de l’entrepreneuriat que la Fondation Grameen Crédit Agricole a décidé de créer son fonds 100% social business et prolonger l’aide au développement d’institutions locales de microfinance initiée en 2008.

La place de l’entrepreneuriat social en France

Muhammad Yunus au colloque du CAS le 6 mars

Toujours le 6 mars, Muhammad Yunus, très sollicité, a participé au colloque sur la place de l’entrepreneuriat social en France, organisé à Bercy par le Centre d’analyse stratégique (CAS) et le programme LEED de l’OCDE (Développement économique et création d’emplois locaux). Lire à ce propos la note mis en ligne par le CAS, qui résume bien les enjeux de l’entrepreneuriat social. Comme le souligne le journal La Croix, « la crise pousse l’État à regarder l’économie sociale d’un autre œil ». De 2000 à 2010, l’entrepreneuriat social a créé 440.000 emplois salariés en France. Il représente aujourd’hui 12,5 % de l’emploi salarié privé et environ 10 % du PIB. Pour Vincent Chriqui, directeur général du CAS, « l’entrepreneuriat social trouve un écho particulier au moment où la crise suscite des remises en cause profondes. Les entreprises sociales sont porteuses d’innovations susceptibles d’apporter des réponses pertinentes à des besoins sociaux peu ou mal couverts. Elles sont aussi pourvoyeuses d’emplois durables ».

Pourtant, ce secteur reste encore « relativement peu développé ». Pour mettre fin à cette situation, une note de cinq propositions a été remise à François Fillon.

– Compléter les sources de financement public traditionnel avec des dispositifs tenant compte de l’hétérogénéité du secteur : en créant un fonds d’investissement social dédié, combinant ressources privées et publiques ; en expérimentant un appel à projets avec un financement dont le rendement est conditionné aux résultats, sous la forme d’obligations à impact social.
– Mieux soutenir l’innovation sociale en la rendant éligible aux dispositifs publics d’accompagnement et de financement de l’innovation.
– Susciter les vocations : en intégrant l’entrepreneuriat social dans l’accord-cadre entre le MEDEF et les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ; en s’appuyant sur les dispositifs existants de sensibilisation à l’entrepreneuriat dans les collèges et lycées.
– Élargir la cible du Dispositif local d’accompagnement à toute entreprise sociale, quel qu’en soit le statut juridique.
– Développer avec les acteurs une plateforme identifiant les bonnes pratiques et recueillant des données standardisées, afin de mieux connaître le secteur et de faciliter son accompagnement.

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