Réflexions sur le couple franco-allemand à l’heure de la crise

Jean-Pierre Gougeon, spécialiste de l’Allemagne, nous donne son analyse du couple franco-allemand à l’heure de la crise de l’euro. Selon lui,le couple franco-allemand est indispensable à l’Europe mais il ne peut pas être exclusif. Jean-Paul Gougeon, professeur des universités et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), est l’auteur des ouvrages suivants : « Allemagne : Une puissance en mutation » (2006), « L’Allemagne du XXIe siècle, une nouvelle nation ? » (2009) et « France-Allemagne, une union menacée ? » (2012).

Dans une vidéo publiée le 30 avril par l’IRIS, il répond aux questions suivantes : l’écart entre l’Allemagne et la France se creuse-t-il ? Quelle est l’influence de l’histoire sur la trajectoire des deux pays ? Le couple franco-allemand peut-il surmonter la crise de l’Europe ?


L’écart entre l’Allemagne et la France se creuse-t-il ?

Pour Jean-Paul Gougeon, l’écart se creuse à un triple niveau.

Tout d’abord au niveau économique : depuis 2006, les taux de croissance en France et en Allemagne divergent. En 2011, l’Allemagne a un taux de croissance de 3% contre 1,5 en France. En 2010, l’Allemagne avait un taux de 3,7%, et la France 1,4%. De la même manière, le taux de chômage est actuellement de 10% en France, alors qu’il est à moins de 6% en Allemagne.

Ensuite, au niveau diplomatique : l’Allemagne a profité de la crise pour se réapproprier le concept de « puissance ». L’Allemagne prend ainsi de plus en plus la parole dans les institutions internationales comme l’ONU et l’OTAN.

Enfin, par rapport à l’Histoire: l’Allemagne est beaucoup plus libre dans la manière de parler de sa propre histoire tandis que la France a encore du mal à parler d’événements comme la guerre d’Algérie.

Quelle est l’influence de l’histoire sur la trajectoire des deux pays ?

Le pouvoir politique français, quel qu’il soit, a tendance à instrumentaliser l’histoire. Un Président de la République s’approprie l’histoire et croit qu’il peut l’écrire à sa façon, comme en témoigne le discours qu’a prononcé Nicolas Sarkozy en mars 2008 sur le plateau des Glières à propos de la Résistance. En Allemagne, quel que soit le Chancelier, cette réécriture de l’Histoire est impossible. Le Chancelier a un grand respect de la profession d’historien. Dire l’histoire n’est pas le rôle du politique. L’histoire n’est pas l’objet de débats polémiques.

Le couple franco-allemand peut-il surmonter la crise de l’Europe ?

La crise de l’euro a redimensionné le couple franco-allemand et son rôle. Ce couple est incontournable : sans lui, il ne se passe rien. Mais ce couple ne suffit plus à faire avancer l’Europe et à résoudre les crises. La crise de l’euro a permis de s’interroger sur le format actuel du couple franco-allemand. Ce couple ne peut pas être exclusif et doit inclure les autres pays comme la Pologne ou l’Espagne. Au début de la construction européenne, quand il y a avait six ou douze pays, la France et l’Allemagne avaient une position dominante. Aujourd’hui, cette domination n’est plus acceptée par les autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>