Etude de Fondapol sur la philanthropie en France

Le think tank libéral, progressiste et européen Fondapol a publié l’étude « La Philanthropie. Des entrepreneurs de solidarité » qui fait le point sur l’évolution récente de la philanthropie en France et les enjeux pour poursuivre la croissance de ce secteur. Fondapol milite plutôt en faveur d’un système à l’anglo-saxonne, dans lequel la société civile agit comme un contre-pouvoir, alors qu’en France, l’État a tendance à garder plus de contrôle et de mainmise.

Quatre modèles de philanthropie

Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France – organisme privé et indépendant qui aide à concrétiser des projets à caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social ou culturel – est l’auteur de ce rapport. Pour lui, « la philanthropie est une grande cause qui permet de reconstruire le filet social, d’être au plus près du terrain, de retrouver les valeurs de partage et d’engagement. Elle est indispensable à notre cohésion sociale ». Cependant, la philanthropie est plus ou moins développée et puissante selon les pays. Francis Charhon distingue quatre modèles sociétaux variant selon le degré de centralisation de l’État :

Francis Charhon, de la Fondation de France

– dans le modèle anglo-saxon (Royaume-Uni), comparable au modèle américain,  la  société  civile  est  positionnée  comme  un  contre-pouvoir au  gouvernement  et  à  l’état.  L’environnement  fiscal  et  juridique  est favorable aux dons et legs ;

–  dans  le  modèle  rhénan  (Belgique,  Allemagne  et  Pays-Bas),  c’est  la  notion  de  partenariat  qui  prévaut  entre  une  société  civile  forte indépendante et structurée, et un état généreux financeur. Dons et legs ne sont pas particulièrement encouragés ;

– dans le modèle scandinave, c’est la notion de complémentarité qui domine, entre une intervention étatique forte et la société civile, qui joue souvent le rôle d’éclaireur sur des besoins sociaux auquel l’état répondra par la suite. Les fondations y ont une relation forte avec le gouvernement et  les  agences  gouvernementales.  Le  système  fiscal  n’encourage  pas vraiment les dons et legs ;

– dans le modèle latin/méditerranéen, la société civile a du mal à faire reconnaître sa place et son autonomie aux côtés d’un état très fort. Un effort manifeste est fait pour contrôler politiquement les organisations et associations, au travers notamment de mesures légales. Les dons et legs ne sont pas encouragés par le système fiscal et les fondations peinent à trouver leur place, même en allant là où l’état ne va pas.

La France relève de toute évidence du dernier modèle, dont elle partage toutes les caractéristiques. elle a cependant déjà évolué via l’encouragement fiscal aux dons et legs, réforme récente mais performante.

Éviter un krach philanthropique en France

Pour Francis Charhon, « la philanthropie française n’a pas la solidité ni l’évidence de la philanthropie américaine. Elle est fragile parce que facultative et non soutenue par des injonctions sociales fortes, et qu’elle n’est pas ancrée comme une tradition ». L’auteur préconise quatre initiatives pour éviter un krach philanthropique en France :

Bill Gates, le modèle de Fondapol

1) Construire l’expertise et la mettre à disposition des philanthropes. Il faut disposer des personnes compétentes, des outils, des méthodes qui garantissent la fiabilités des chaînes de décision, des flux financiers, afin de garantir une traçabilité totale des fonds utilisés.

2) Une transparence nécessaire. Tout le monde a gardé en mémoire le scandale de l’ARC en 1996. Depuis cette époque, les choses ont bien changé. Le secteur a réalisé un immense travail de réorganisation, conscient que de telles dérives étaient prejudiciables à l’ensemble des organisations.

3) La nécessité d’un cadre stable et cohérent. Le développement de la philanthropie passe par la garantie d’un cadre référentiel stable (défiscalisation, taxation des plus riches…)

4) Pour une vision politique favorable. La régulation de la philanthropie n’est pas une question d’ordre technique, mais d’ordre profondément politique. De nouvelles relations de partenariat entre l’État et les organisations privées pourraient s’instaurer, au sein d’un contrat plus équilibré.

Quelques Bill Gates français ?

Francis Charhon conclut : « apportons la touche finale à cette longue évolution de la philanthropie dans notre pays vers un modèle où pourraient peut-être naître quelques Bill Gates français au service des plus en difficulté ». Le modèle philanthrocapitaliste de Bill Gates (et son initiative The Giving Pledge) est pourtant sujette à critiques, comme nous l’expliquions dans ce billet. Plus que le modèle anglo-saxon, c’est le modèle européen, plus discret et familial, comme celui de la famille Rothschild, que devrait développer la France.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>