L’abondance frugale selon Jean-Baptiste Foucauld

Abondance frugale. Cette association de termes peut a priori sembler incompatible. Il n’en est rien. C’est au contraire une conception primordiale pour soutenir une croissance responsable dans un monde aux ressources premières finies et aux inégalités sociales et économiques grandissantes. Dans son livre « L’Abondance frugale. Pour une nouvelle solidarité économique », Jean-Baptiste Foucauld appelle à allier nouveau développement et solidarité par une vision élargie des besoins humains, concrétisée dans un pacte de solidarité. Rédacteur de plusieurs rapports gouvernementaux sur l’économie et la société, Jean-Baptiste Foucauld est également le fondateur et président de l’association Démocratie et Spiritualité.

Abondance et frugalité : deux notions convergentes

Les deux notions d’abondance et de frugalité convergent naturellement l’une vers l’autre ; elles s’appellent et se complètent. Mais cette coopération ne débouche pas sur un modèle, sur un système tout fait. C’est une coexistence qui doit être déclinée à tous les niveaux, avec des objectifs différents, selon des modalités variables :

– Au niveau mondial, avec l’objectif d’égaliser les niveaux de développement tout en assurant la survie de la planète.
– Au niveau européen, puisque l’Europe doit inventer son mode de développement durable, en protégeant son environnement, son patrimoine, son sens de l’esthétique et de l’équilibre, son désir d’égalité et de cohésion sociale.
– Au niveau de chaque pays.
– Au niveau des différentes collectivités locales.
– Au niveau des familles et des individus.

C’est par là qu’il faut commencer en distinguant, parmi les besoins, ce qui ‘est vital, ce qui est nécessaire, ce qui est essentiel, et ce qui est superflu.

A l’ère de la mondialisation, qui peut croire sérieusement que le niveau de consommation d’énergie et de production de gaz à effet de serre des pays développés puisse être étendu sans dommage à l’ensemble de la planète sans provoquer des catastrophes climatiques ou écologiques irréversibles et dramatiques ? Le but est bien réel et il implique moins d’inégalités dans la répartition de la croissance mondiale, et une distribution équitable des équitable des permis à polluer, mais c’est alors d’une autre croissance, d’un autre développement, d’un autre projet d’abondance qu’il s’agit, d’une abondance sûrement plus solidaire et plus sobre.

Un appel à la sagesse économique

L’éthique de l’abondance frugale n’est pas une éthique de la légitimation e la privation mais un appel à une sagesse économique ainsi qu’à nouvelle solidarité inter et intra-générationnelle. Ce n’est pas un « luxe de riche ».

Jean-Baptiste Foucauld.

L’abondance frugale s’identifie à l’éthique de la responsabilité. Elle n’a pas de modèle prédéfini. Elle est compatible avec l’économie de marché, elle la requiert même, mais celle-ci ne peut rien dire de son contenu.

L’abondance frugale valide la notion d’abondance, qui est le but logique de l’économie, puisque celle-ci vise à affranchir l’homme de la rareté, mais tout en précisant immédiatement qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle abondance, qu’elle n’est pas elle-même affranchie de règles ou de freins, qu’elle doit être disciplinée, maîtrisée, humanisée, faute de quoi c’est une abondance fallacieuse qui se trahit elle-même. Que dit le concept d’abondance frugale ? Que là où règne la misère, la pauvreté sous toutes leurs formes, il faut mettre de l’abondance. Que là où règne une apparente abondance, là où il y a de la richesse, il y a un risque permanent d’excès, de trop-plein, de déviation, et qu’il faut compenser ce risque par de la mesure, par de la sobriété, par de l’auto-limitation, par de la redistribution et du don.

Civiliser le capitalisme ?

L’abondance frugale peut être le support d’un nouveau compromis social : plus de sobriété pour plus de liberté, avec moins d’insécurité et plus de solidarité. La question centrale est de civiliser le capitalisme, de l’encadrer, de l’enserrer dans un rapport de forces qui l’oriente vers des objectifs communs. Ayant débordé des cadres nationaux qui parvenaient peu ou prou à le contenir, il s’est ensauvagé et ne trouve plus en face de lui le contrepoids nécessaire de règles qui le disciplinent ou d’acteurs qui l’équilibrent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>