Perspectives de développement économique en Afrique

L’Afrique, continent de la pauvreté, de la corruption politique et de l’exploitation des richesses par les étrangers, est-il condamné à échouer ? Ou peut-il jouer un rôle de plus en déterminant dans l’économie mondiale, permettant à sa population de sortir de l’extrême pauvreté ? C’est ce que croit Richard Attias, organisateur du New York Forum Africa qui s’est tenu à Libreville, au Gabon, du 8 au 10 juin. Ce forum a rassemblé plus de 600 participants pour discuter des principaux problèmes économiques et commerciaux de l’Afrique et trouver des solutions pour y remédier. L’ensemble des conclusions et propositions du Forum seront soumises au G20 au Mexique (18-19 juin) et au sommet de Rio+20 (20-22 juin).

Parmi les orateurs, on peut citer : le président du Gabon, Ali Bongo ; le fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus ; l’ancien ambassadeur étasunien aux Nations Unies, Andrew Young ; le directeur général de Goldman Sachs Afrique du Sud, Colin Coleman ; la vice-présidente de la Holding Edmond de Rothschild, Ariane de Rothschild ; la fondatrice de LEAP Africa, Ndidi Nwuneli ; l’économiste Nouriel Roubini ; l’acteur Robert de Niro ; et le sportif Carl Lewis.

L’Afrique : une cause perdue ?

Le discours est souvent fataliste quand on parle de l’Afrique : c’est ce qu’on appelle l’afro-pessimisme. Il y a certes de bonnes raisons de s’alarmer tant les obstacles sont importants. Dans une récente tribune, Éric Le Boucher, co-fondateur de Slate.fr, distingue ainsi : les conflits et l’insécurité, la corruption, l’éducation, une agriculture encore vivrière, les fuites de capitaux, le manque d’infrastructures, l’absence d’infrastructures interétatiques trans-Afrique, rendant l’intégration régionale difficile.

Robert de Niro

Malgré ce constat peu reluisant, plusieurs données redonnent espoir. Selon la Banque Mondiale, l’Afrique subsaharienne sera la seule région du monde à accélérer sa croissance en 2012 avec un PIB en hausse de 5,5%. Au cours de la dernière décennie, l’Afrique a totalisé six pays parmi les 10 ayant connu la croissance la plus rapide. Une nouvelle classe moyenne forte de 60 millions de personnes a émergé.

Dans le même esprit, dans leur étude « En Afrique, la pauvreté recule… bien plus vite qu’on le pense ! », publiée en janvier 2010, les économistes Xavier Sala i Martin (université de Columbia) et Maxim Pinkovsky (MIT), affirmaient que « l’idée communément admise d’une Afrique qui ne parvient pas à réduire son taux de pauvreté est infondée ». Selon ces deux économistes, depuis 1995, la croissance économique n’a pas profité qu’aux élites. Les inégalités au sein des pays ont diminué sur tout le continent.

C’est donc dans cette optique plus optimiste qu’a été organisé le New York Forum Africa.

Le changement c’est maintenant

Le premier jour du forum, Muhammad Yunus, présent pour la première fois sur le sol africain, a développé sa vision du social business, qui fait ses preuves au Bangladesh : « la pauvreté n’a pas été créée par les pauvres. Lorsque je vois un problème, je le note, je crée une compagnie pour le résoudre. La charité ne règle pas les problèmes. Il les cache en vérité. Si vous transformez les problèmes en business, vous avez mieux à gagner ». S’adressant au président du Gabon, Yunus a conseillé : « Monsieur le président, vous pouvez demander à toutes les entreprises qui veulent s’installer dans votre pays de commencer par le business social ». Pour conclure, Yunus a invité au changement des politiques qui n’offrent pas d’énormes opportunités aux pauvres : « c’est le système qu’il faut changer ».

The New York Africa Forum

Ce même jour, Ariane de Rothschild a participé à une table-ronde sur le « réveil de l’Afrique », lors de laquelle elle a plaidé pour une dynamique vertueuse due aux investissements : « plus vous apporterez des investisseurs diversifiés, plus vous apportez un bien-être et plus vous pouvez quand même demander à un pays d’améliorer sa gouvernance ». Elle a également souligné la nécessité de développer une économie respectueuse de l’environnement et du social, c’est-à-dire une « économie positive ».

Le deuxième jour du forum, le ministre de l’Economie du Gabon, Luc Oyoubi, a lui aussi défendu cette « économie positive » : « chacun essaie de construire un modèle. Nous voulons une croissance verte et nous voulons une croissance inclusive. C’est à dire une croissance qui protège notre environnement et qui associe de la même manière toutes les couches de la société ».

Lord Peter Mandelson, ancien ministre britannique et commissaire européen, a ensuite exposé sa vision de l’Afrique en 2030. Une vision très optimiste : « dans 20-30 ans, je vois l’Afrique en concurrence avec la Chine, et l’Afrique devenir l’équivalente de l’Asie aujourd’hui dans le nouvel ordre mondial. L’avènement de ce continent pourrait constituer la grande histoire du 21ème siècle […] Avec des coûts de productions inférieurs à ceux de la Chine ou des autres pays d’Asie, l’Afrique doit devenir le nouvel atelier du monde ».

Des actions concrètes

Les organisateurs ont affirmé que plusieurs contrats de partenariats avaient été signés entre les grosses entreprises mondiales et le gouvernement gabonais, notamment dans les domaines entre autres, de la construction des logements, de l’eau, des infrastructures et de l’énergie. Le Président du Gabon Ali Bongo a proposé la création des pôles universitaires dans diverses parties de l’Afrique, afin de renforcer les capacités pédagogiques des universités existantes et d’éviter la fuite des cerveaux hors d’Afrique.

D’un point de vue plus général, les participants ont rédigé une déclaration commune qui sera soumise au G20 qui se tient les 18 et 19 juin à Mexico. On y trouve les grands chantiers suivants : l’aide et développement des PME, une meilleure intégration régionale pour mettre en valeur les intérêts africains, un essor des partenariats public privé (PPP) et une mise en place d’une économie durable fondée sur les énergies renouvelables.

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