Le prix de l’inégalité : les limites du rêve américain par Stiglitz

Dans son nouvel ouvrage, l’économiste-prix-Nobel-intellectuel-professeur-expert-médiatique, Joseph Stiglitz rompt avec les mythes économiques américains pour dévoiler la triste réalité sociale. « Le Prix de l’inégalité » dresse un constat affligeant des conséquences de plusieurs décennies d’un libéralisme marqué par une financiarisation accrue de l’économie et d’un accroissement exponentiel des inégalités économiques et sociales.

 

Un antilibéralisme à la « Occupy Wall Street » ?

Stiglitz constate que, dorénavant et à rebours des postulats économiques, « la richesse d’une personne ne dépend plus de sa contribution à la société mais de sa capacité à s’accaparer les revenus des autres ». La crise aurait permis de mettre en lumière les incohérences d’un modèle économique qui, contrairement à ce que sa doctrine prône, n’engendre pas le bonheur généralisé.

L’American Dream et la figure de l’entrepreneur self-made-man sont écornés. Joseph Stiglitz rappelle qu’ « on avait coutume de dire que si les riches s’enrichissaient, cette richesse ruissellerait sur l’ensemble de l’économie et bénéficierait à tous » avant de trancher, « c’est faux ! ». L’indicateur mis en avant est celui des inégalités et de la relative indifférence que cela engendre :

« Le 1% supérieur a les plus belles maisons, la meilleur éducation, les meilleurs médecins et le mode de vie le plus agréable, mais il y a une chose que l’argent, apparemment, n’a pas acheté : la compréhension que son sort est lié à la façon dont vivent les 99% restants ».

L’économiste concède que « depuis 2008, il y a eu quelques améliorations » économiques limitant les dérives financières « mais il est encore facile de faire de l’argent en manipulant les marchés » regrette-il. Bien que l’économie tienne une place prépondérante dans son ouvrage, Joe Stiglitz traite de la crise économique sous l’angle d’une crise de civilisation, partageant les exaspérations civiles portées sur la place publique par les mouvements protéiformes des nouvelles contestations sociales que sont les « Occupy Wall Street » ou les « Indignés ».

Il suffit de lire la manière dont Stiglitz résume la politique économique et sociale des États-Unis pour comprendre le potentiel contestataire de sa vision. Pour ce dernier, la politique se résume par l’action du « 1% pour le 1% par le 1% » … on pourrait y adjoindre « au détriment des 99% ».

Joseph Stiglitz soutient que les aides publiques de sortie de crise n’ont pas bénéficié aux populations ciblées mais ont, au contraire, permis aux « 1% de conserver son emprise sur une part énorme du revenu national » : « les gains de la reprises sont allés massivement aux Américains les plus prospères. Ce 1% supérieur a accaparé 93% du supplément de revenu crée dans le pays en 2010 par rapport à 2009. Dans une économie moderne, l’État établit et fait respecter les règles du jeu. Il donne aussi les ressources. Et par le biais des impôts et des dépenses sociales, corrige la répartition du revenu qui émerge du marchéCe sont eux qui fixent les règles du jeu politique qu’ils mettent au service de leurs intérêts ».

Joseph Stiglitz dépeint une Amérique fracturée digne d’un roman de politique fiction avec « 15% de la population en situation de pauvreté en 2010 contre 12.5% en 2007 » et un nombre de « familles en situation d’extrême pauvreté, vivant avec moins de deux dollars par jours, qui a doublé depuis 1996 » atteignant 1.46 millions en 2011.

Les inégalités se sont considérablement accrues selon les catégories sociales outre-Atlantique qui recoupent des catégories ethniques : « de 2005 à 2009, le ménage afro-américain ordinaire a perdu 53% de sa fortune et le ménage hispanique moyen a perdu 66% de la sienne ». Fait assez rare, « même la valeur nette du ménage américain blanc ordinaire s’est sensiblement contractée » avec « une perte de 16% sur son niveau de 2005 ».

Cette paupérisation du pays, Stiglitz l’analyse au regard d’autres éléments édifiants : l’évolution de la population carcérale, l’accès à l’éducation et à la santé, l’espérance de vie, etc. Le constat se durcit lorsqu’il compare les données avec des pays supposés être « moins développés ».

« L’absence d’assurance-maladie est un facteur qui contribue à la mauvaise santé, notamment chez les pauvres. […] L’espérance de vie aux États-Unis est de 78 ans, moins que les 83 ans du Japon. » Le pays est classé « quarantièmes au classement général d’espérance de vie, juste derrière Cuba. » Quant à la mortalité infantile des moins de cinq ans, « c’est pire qu’au Biélorussie et en Malaisie » !

Des mauvais indicateurs, écrit-il, qui « sont largement le reflet des statistiques désespérantes des Américains pauvres : leur espérance de vie est inférieure de près de 10% à celle des plus riches. » 

Stiglitz, dénonçant depuis longtemps le tautologique économique, soutient que la solution « n’est pas économique, mais politique » et nécessite une réforme en profondeur. Il avance que « nous savons comment réguler le secteur financier mais les banques ont une immense influence politique car dans notre système, l’argent fait la différence. C’est lui qui finance les campagnes électorales… ».

Joseph E. Stiglitz

Le Prix de l’inégalité

Date de parution : 01-09-2012

ISBN : 978-2-918597-72-8

25 €

 

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