Infrastructures : la finance au service du bien commun ?

infrastructures 2Parfois décriée comme non-productive et prédatrice, la finance possède pourtant un visage plus clément, celui de la finance utile. L’histoire de la finance utile, c’est par exemple celle de Mayer Amschel Rothschild qui, né en 1744, connut le succès en offrant à ses clients transactions obligataires, opérations boursières et conseils en placement en plus du service de change qui était sa spécialité.

C’est l’histoire du successeur de Nathan Rothschild, Lionel de Rothschild qui, en 1876, permit au gouvernement anglais de Benjamin Disraeli d’acquérir, par un prêt de £4.000.000, l’achat des 176,602 parts du Canal de Suez que le Khédive d’Egypte, en banqueroute totale, ne pouvait plus assumer. Assurant par la même occasion la maintenance des routes de transport vers les Indes et, plus largement, la poursuite de l’industrialisation de l’Angleterre victorienne.

C’est l’histoire de la « ville de l’or noir », Baku, qui a vu les familles Rothschild et Nobel tour à tour s’affronter et coopérer pour le développement de la plus fameuse des cités pétrolières au monde. C’est ici en effet que les Nobel développèrent un appareil d’extraction massif représentant jusqu’à l’équivalent de 80% des extractions américaines de Standard Oil et que la famille Rothschild développa les transports adéquats à l’acheminement de la ressource vers le Vieux Continent : chemins de fer, raffinerie de Trieste, premiers tankers pétroliers avec les précurseurs de Royal Dutch Shell…

C’est également l’histoire de James de Rothschild, le modèle de Balzac pour son fameux baron de Nucingen et l’un des plus célèbres et minutieux bibliophiles de l’histoire. Son établissement, star des banques parisiennes, pratiqua en effet la « banque industrielle en multipliant les prêts aux entreprises » afin de leur permettre d’accroître leurs activités dans un contexte de développement frénétique des infrastructures dans l’Hexagone. James de Rothschild prit un goût particulier pour les investissements liés aux chemins de fer et s’y engagea notamment en créant les Chemins de fer du Nord qui devint rapidement une des principales entités ferroviaires françaises (ce fut l’une des principales composantes de l’actuelle SNCF). L’homme fit figure de véritable « pionnier » du chemin de fer français et établit un modèle qui s’imposera très vite comme étant le plus rentable du pays. Il s’aventura également, aux côtés de la Société générale, dans la construction du Canal de jonction de la Sambre à l’Oise, long de plus de 70 kilomètres et servant à acheminer le charbon de Charleroi aux Parisiens.

C’est enfin l’histoire actuelle du groupe Edmond de Rothschild et de sa filiale Edmond de Rothschild Asset Management qui, au travers du fonds Infrasphère, perpétuent la tradition d’investissement dans les grandes infrastructures. Loin des idées reçues donc, le fonds géré par Emmanuel Painchault et Raphaël Dubois ancre les capitaux dans l’économie réelle et concrète sans pour autant sacrifier la bonne performance sur l’autel de l’éthique puisque le secteur –certes défensif- est « peu cyclique » et possède une excellente visibilité avec des contrats signés sur de longues périodes dans un contexte marqué par de réels besoins étatiques aussi bien dans une Europe vieillissante que dans une Asie émergente.

Plus récemment, le Groupe a lancé l’initiative BRIDGE (Benjamin de Rothschild Infrastructure Debt Generation) avec pour ambition de constituer dans un premier temps un portefeuille d’un milliard d’euros. L’initiative permettra un accès à un pipeline nourri et diversifié d’opérations de dettes sur les actifs d’infrastructures en Europe.

Peu volatile donc, le secteur des infrastructures n’en est pas moins central pour le développement économique, comme l’expliquait Christophe de Backer, CEO du Groupe Edmond de Rothschild, dans une tribune parue dans le quotidien Les Echos en 2012. L’économie des infrastructures, « fortement créatrice d’emplois » et qui « favorise la productivité » représenterait un besoin de « 2.000 milliards de dollars » en Europe à l’horizon 2020. Le fonds Infrasphère illustre le fait que les financiers, stigmatisés après la crise financière, sont une partie de la solution et non nécessairement à l’origine du problème dans la mesure où les collectivités n’ont pas les moyens de s’offrir des infrastructures sur fonds propres et où les banques, contraintes par la législation, « ne sont plus en mesure de mobiliser les investissements requis ».

La finance dématérialisée, informatisée et instantanée n’est pas encore tout à fait d’actualité. Néanmoins, grâce aux actions de groupes comme le Groupe Edmond de Rothschild, il n’est pas impossible que la société se réconcilie avec cet acteur indispensable et bénéfique qu’est le secteur financier.

Sources : Letemps.ch, shell.com, le-bibliomane.blogspot.fr, classes.bnf.fr, capital.fr

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