Qui détient le pouvoir économique ?

Crédit : Pasu Au Yeung
Crédit : Pasu Au Yeung

La question de l’origine du pouvoir existe depuis toujours. Avec la fin de la guerre froide et l’ouverture progressive des frontières commerciales, les luttes entre les États et plus particulièrement entre grandes puissances ont pu être qualifiées de « guerres économiques »,  l’État ayant dès lors pour rôle d’assister et de protéger les entreprises dans leur conquête de nouveaux marchés. Qui détient vraiment le pouvoir économique aujourd’hui?

Chine ou États-Unis ?

“It’s official: America is now No. 2”, ainsi titrait le Brett Arend’s le 4 décembre dernier après la parution des derniers chiffres du FMI annonçant que le produit intérieur brut (PIB) chinois calculé en parité de pouvoir d’achat atteindrait  17 632 milliards de dollars fin 2014, tandis que le PIB américain s’élèverait à 17 416 milliards. La Chine retrouverait ainsi la place qu’elle occupait avant la « parenthèse américaine » que nous avons connue au cours du siècle passé et qui suivit le « siècle de l’humiliation » (XIXème siècle) pour la Chine. Peut-on affirmer pour autant que la Chine est désormais la plus grande puissance économique mondiale ?

Si la discrétion du FMI quant à cette nouvelle a contribué à alimenter la critique selon laquelle les grandes institutions internationales, FMI, OMC et banque mondiale, restent sous forte influence occidentale, c’est la question du calcul même de la puissance économique, encore irrésolue, qui prévaut aujourd’hui.

Certes la comparaison du pouvoir d’achat dans l’un et l’autre pays reste parlante, pour autant, il faut noter que, d’une part, les États-Unis restent en tête en termes de PIB par habitant, soulignant les inégalités de développement entre la Chine littorale et la Chine intérieure.

D’autre part, ces deux pays sont difficilement comparables sur le plan économique du fait de leur interdépendance ; la Chine finance le déficit public américain à hauteur de 10% environ et toutes les grandes firmes américaines restent implantées en Chine comme nombre de firmes internationales.

L’interdépendance croissante entre États du fait des firmes multinationales tend aujourd’hui à relativiser la puissance économique de ces mêmes États.

États ou entreprises ?

Les multinationales représentent aujourd’hui un acteur majeur dès lors que le choix de leur implantation peut déterminer les conditions du développement d’un pays. L’exemple du modèle de développement asiatique est en cela très parlant pour témoigner du potentiel derrière le choix de l’implantation des multinationales en termes de formation de la main d’œuvre, de transfert de technologies et/ou de création de richesse à court voire à long terme pour une économie.

Le récent scandale au sujet de l’évasion fiscale des multinationales au Luxembourg rappelle un  enjeu majeur : celui de leur place au sein de la gouvernance mondiale. Ce sont désormais elles qui décident de l’allocation des ressources dans le monde en fonction de leur intérêt propre et l’actualité nous prouve qu’elles échappent au contrôle des organisations intergouvernementales ou internationales dans la mesure où tous les gouvernements deviennent concurrents dans la lutte pour l’implantation des FMN – et de leurs ressources.

Le Traité Transatlantique tel que négocié actuellement entre l’Union européenne, les États-Unis et le Canada pourrait représenter un changement majeur en faveur de ces FMN ; alors que jusqu’à présent elles agissaient dans l’ombre, via notamment le recours au lobbying, mais n’étaient pas reconnues par le droit international, celles-ci pourraient désormais être capables de poursuivre un État en justice.

Ce projet remet en question le rôle de l’Organisation Mondiale du Commerce qui ne permettait d’arbitrer qu’entre États, au travers de l’Organisme de Règlement des Différends, mais souligne également l’effacement de l’État au profit des entreprises.

Sources : Le Monde, Huffingtonpost, Challenges, RTL, FMI, Brett Arends’s

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