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Soyons optimistes : la finance n’est pas qu’irresponsable

Depuis 2008 et la fameuse crise des subprimes, l’économie est largement confondue avec la finance en raison de raccourcis intellectuels, par volonté à peine feinte de confondre le grand public ou par manque de temps dans une société marquée par des informations qui, à peine formulées, sont déjà obsolètes ou oubliées.

Mais soyons optimistes. La finance et les acteurs qui sont investis dans ce secteur de la vie économique, savent aussi être responsables. Nombre d’entre eux, publics, privés, associatifs, s’engagent en promouvant ou réalisant des investissements socialement responsables.

Concilier économie et humanisme est donc possible. Concilier finance et société, finance et environnement, est en effet une activité quotidienne pour des milliers de personnes engagées au profit d’une économie vertueuse.

Qu’est-ce que l’investissement socialement responsable (ISR) ?

L’investissement socialement responsable consiste à investir ou à gérer des actifs en prenant en compte des critères sociaux, éthiques, environnementaux, en plus des critères financiers traditionnels. Autrement dit, le terme, adapté d’un concept anglo-saxon, regroupe les démarches visant à intégrer des critères extra-financiers dans des décisions de placements et la gestion de portefeuilles, c’est-à-dire des critères environnementaux, sociaux, éthiques ou de gouvernance.

Cette pratique peut prendre plusieurs formes :

  1. L’investissement dans des fonds dits d’exclusion, ou « placement éthique » : ces fonds excluent, pour des raisons morales ou religieuses, certains domaines jugés « mauvais » tels que l’industrie du tabac ou l’armement par exemple, mais aussi parfois les OGM ou le nucléaire, jugés mauvais par les détenteurs des actifs.
  2. L’investissement dans des fonds qui tiennent compte de notations sociales et environnementales. Dans les portefeuilles figurent donc les entreprises jugées les plus performantes d’un point de vue développement durable.
  3. L’engagement actionnarial ou activisme actionnarial qui consiste, pour les investisseurs, à exiger des entreprises une politique de responsabilité sociale plus forte, soit en les interpellant directement, soit par l’exercice des droits de vote en assemblées générales.
  4. L’investissement dans des produits financiers reversant une part de leurs performances à des projets sociaux ou environnementaux, au sens large.

L’ISR est une pratique encore marginale sur les marchés financiers dans leur ensemble, mais elle se développe de plus en plus rapidement.

En Europe, acteurs publics et privés s’allient en matière d’ISR

En France, la Caisse des dépôts est engagée depuis plusieurs années, notamment par le biais de sa filiale Novethic, à la fois média sur le développement durable et centre de recherche sur l’Investissement Socialement Responsable (ISR) et la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE).

Acteur public, la Caisse des dépôts soutient aussi l’investissement socialement responsable via des partenariats avec des acteurs du secteur privé, comme le groupe Edmond de Rothschild, et avec un appui de la Banque européenne d’investissement ainsi que d’investisseurs belges. Ces divers acteurs se sont par exemple réunis pour lever un fonds de dépollution dénommé « Ginkgo ».

Le fonds Ginkgo permet la dépollution de friches industrielles. Plus précisément, 7 projets de valorisation immobilière sont conduits, avec « 200 000m2 de droits à construire en négociation », le tout « avec un an d’avance » sur les objectifs, selon le directeur du fonds, Bruno Farber. Concrètement, Ginkgo a permis le recyclage des 10 hectares de la papeterie du Mont-Saint-Guibert, en Belgique. Autrement dit, ce sont des sols souillés par des solvants chlorés, de l’hydrocarbure ou de lourds déchets, qui ont pu être nettoyés et recyclés grâce à l’investissement socialement responsable d’acteurs publics et privés.

Des initiatives existent donc ici et là. Elles permettront peut-être prochainement de libérer la finance de la sombre image qu’elle renvoie au public et orienter les investisseurs dans une dynamique profitable à tous.

TAFTA : Un traité menacé ?

La cinquième table ronde relative l’accord de libre-échange transatlantique,  baptisé dans un premier temps TAFTA a eue lieu du 19 au 24 mai 2014. Il a pour but de créer un marché commun de 820 millions de consommateurs, en allégeant les tarifs de douanes et les réglementations de part et d’autre de l’Atlantique.  S’il faudra au moins deux ans pour parvenir à un accord, le projet, lui, a déjà plus de 15 ans.

 Pourquoi cette négociation suscite tant d’interrogations ?

Le TAFTA n’est qu’une version modifiée de l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), explique Le Monde Diplomatique,  prévoyant que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros. Trainant une sale réputation dans l’opinion, ses partisans l’ont depuis renommé TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), car il ressemblait trop au traité ACTA, rejeté à Bruxelles au terme d’un long combat politique.

A défaut d’un abandon en plein milieu, les détracteurs du TAFTA comptent aussi sur un ralentissement des tractations. La nouvelle Commission européenne commencera son mandat en octobre prochain et les parlements nationaux auront aussi leur mot à dire. Le traité de Lisbonne prévoit qu’ils soient consultés pour les accords dépassant les compétences communautaires.  Heureusement, dirait-on, car  les délégations américaines (et  européennes) comptent plus de six cents consultants mandatés par les multinationales, qui disposent d’un accès illimité aux documents préparatoires et aux représentants de l’administration. Rien ne doit filtrer. L’instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir. Or chaque pan de notre société pourrait être transformé : sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration. Le libre-échange institutionnalisé.

L’installation d’un mécanisme pour régler les différends des entreprises a aussi sa part de mauvaise publicité. Cela impliquerait la création d’un tribunal international qui statuerait entre un Etat et une entreprise se sentant flouée. Composante fondamentale de l’accord de libre-échange pour les américains, elle suscite l’indignation de ses contradicteurs ; les Verts, une partie de la droite et de la gauche, le centre bien que libéral  et le front national. En effet, si une entreprise a peu de chance de gagner en attaquant un pays dans sa juridiction, ce dispositif avantagerait fortement les intérêts commerciaux. Le pétrolier américain Schuepbach a récemment été débouté par le Conseil constitutionnel après avoir contesté le moratoire français sur le gaz de schiste. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants.

2017 : mort annoncée des paradis fiscaux

 

 

Après d’intenses négociations diplomatiques, la Suisse et Singapour ont signé une déclaration officielle selon laquelle les deux pays s’engagent à se rallier au mode d’échange automatique de renseignements bancaires, à l’issue d’une réunion ministérielle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) le 6 mai 2014. Cet accord, signé par 44 pays dont les membres de l’OCDE et l’ensemble les pays du G20, est un évènement dans l’histoire économique contemporaine.

En effet, ces accords remplaceront à partir de 2017 les accords actuels, qui prévoyaient que la transmission de données bancaires ne s’effectuait qu’en cas d’enquête du FISC ou de la justice, fonctionnant de gré à gré de l’Etat interrogé.

Pourquoi ce revirement ?

Une ouverture avait d’ores et déjà été faite par les Etats-Unis suite à la divulgation de noms de 4450 titulaires de comptes américains soupçonnés d’évasion fiscale en Suisse par la banque UBS ( qui a payé 780 millions de dollars d’amende au FISC américain), décision historique très vite soutenue par le « G5 » européen (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie) soutenue entraînant une évolution non négligeable de la notion du secret bancaire chez les Helvètes. Par ailleurs, le Crédit Suisse avait également accepté de divulguer les noms de ses clients français détenteurs de titres boursiers et d’un compte en Suisse, par peur de représailles de l’hexagone.

Les révélations d’Offshore Leaks en 2013, les grandes affaires de fraude, dont l’affaire Cahuzac en France, ont aidé à accentuer cette volonté.

Plus récemment, la Suisse avait essuyé le refus de l’Allemagne, concernant un accord qui visait à protéger l’anonymat des fraudeurs fiscaux allemands, malgré que l’Angleterre et l’Italie aient accepté la proposition.

Ce sont donc les menaces et pressions diplomatiques qui auraient permis l’évolution et la négociation avec ces paradis fiscaux. On peut supposer que Singapour a signé l’accord, de peur d’être le prochain sur la liste.

Cette annonce est donc un tournant.  Ce mécanisme, proposé par l’OCDE au G20 en février dernier, , fera en sorte qu’un exilé fiscal ne puisse techniquement plus se cacher. Un exilé fiscal aura donc peu de chances de s’échapper, car d’autres pays tels que l’Autriche, la Malaisie, l’Arabie Saoudite mais aussi les îles Caïmans et Jersey  se sont également engagés. La pression se tourne désormais vers les rares récalcitrants, comme Panama et Dubaï, qui s’exposent actuellement à de fortes pressions diplomatiques et à l’avenir à des sanctions.

L’annonce est donc bel et bien un tournant.

Si c’est capitaux ne pouvaient plus échapper aux différents fiscs, cela serait une aubaine en temps de crise. Une étude publiée par The Guardian le 21 juillet 2012 montrait que la fuite des capitaux des pays en développement depuis les années 1970 aurait permis de rembourser l’ensemble leurs dettes à l’égard du reste du monde, ce qui permet aux gouvernement européens d’espérer rapatrier plusieurs milliards d’euro, même si plusieurs pays ont déjà proposé des mesures clémentes à l’égard des fraudeurs.

La mort annoncée des paradis fiscaux est peut-être bel et bien engagée.

Un euro plus faible ? Un des moyens/moteurs de la croissance française de demain

Le choix politique que font certains, à savoir argumenter sur le fait qu’un euro « faible » situé entre 1,15 et 1,30 dollar pour un euro, serait particulièrement bénéfique pour la compétitivité européenne. D’autres vont plus loin en professant une fin de l’euro : opinion largement partagée par une partie des citoyens européens et français, que les élections  européennes de Mai prochain ne feront malheureusement que constater. Cette opinion est  sans doute économique, au regard des difficultés économiques que la France connaît actuellement. Opinion sans équivoque politique, liée aux technocrates de Bruxelles et la Banque Centrale Européenne, bouc émissaire des maux européens et nationaux.

Le constat s’impose :

Selon les déclarations de Christian Noyer, gouverneur de la banque de France, dans une interview parue le 14 avril dans le Figaro : « l’euro est anormalement fort compte tenu de la position de la zone euro dans le cycle économique et de son retard dans la reprise de la croissance par rapport à d’autres ». Ajoutons également la déclaration de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, qui a fait pression pour que la BCE agisse sur les marchés, pour faire baisser le taux de l’euro. Arnaud de Montebourg et Marine Le Pen, à l’unisson sur ce thème, n’auraient-ils pas tout à fait tort ?
Oui, mais pour de mauvaises raisons.
L’actuel ministre fait la guerre à Bruxelles, invectivant la capitale belge dès qu’une opportunité se présente, dans un souci de politique intérieure.
La candidate Front National aux élections présidentielles de 2012 prétexte un euro trop fort au service d’une oligarchie européenne trop puissante. Il faudrait alors l’abandonner et revenir au franc, dévaluer massivement la monnaie et regagner de la compétitivité (mais augmenter mécaniquement le niveau de la dette avec ladite dévaluation).

Une baisse de l’euro serait profitable à la France

Il y a trois moyens de penser ce phénomène  selon Agnès Benassy-Quéré, professeur à l’université Paris 1, présidente du Conseil d’Analyse Economique.

Si l’on reconstitue l’euro depuis les années 60, la monnaie apparaît légèrement surévaluée, mais sans que cela soit préoccupant.
Le second moyen est d’envisager l’excédent à l’exportation. Rien de bien inquiétant ici car l’UE est excédentaire avec 2,8% du PIB en 2013, tandis que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni sont toujours déficitaires pour la même période.
Enfin, la troisième  variable est celle de la reprise économique. L’UE a aujourd’hui une faible reprise de son activité économique conjuguée à une très faible inflation. C’est ce dernier point qui est particulièrement intéressant.

L’euro oscille à la manière d’un métronome : entre 1,36 et 1,40 dollar pour un euro. Autour d’1,40, les entreprises estiment que nous arrivons à une « zone de stress » entraînant la fragilité de l’ensemble du secteur entrepreneurial, autrement dit un frein majeur à la compétitivité des entreprises. Ce taux est discutable, car il ne reflète pas un niveau stable et général, mais doit s’apprécier en fonction des diverses économies de l’UE, pour le moins de la zone euro.

A titre d’exemple, l’Allemagne, avec un secteur industriel développé et  haut de gamme, peut résister sans trop de difficultés à un euro très élevé. Cependant, il faudra peut-être rediscuter ce point une fois que le salaire minimum sera à 8,5 euro/heure… (Prévu pour la rentrée 2014).

La France, avec des produits sur le marché qui ont une moindre valeur ajoutée, ne peut s’organiser avec un euro qui oscille dans de telles proportions. Les seuls pans de l’industrie qui résistent encore sont les secteurs de la pharmacologie, l’aéronautique ou encore le luxe. Des produits avec une très haute valeur ajoutée.

En quoi un euro plus faible aiderait le dynamisme économique français ?

Selon les estimations d’Agnès Benassy-Quéré, une baisse de 10 % de l’euro conduirait à une hausse temporaire des exportations françaises hors zone euro de 7 à 8 %, à modérer avec une hausse des importations de l’ordre de 3% (sinon il faudrait que les industriels français s’équipent avec des biens Made In France, ce qui est impossible).
En résumé, les produits français seraient plus compétitifs à l’étranger, car environ 10% moins chers.
Cela aiderait par exemple à doper l’exportation de véhicules automobiles à l’étranger, au lieu de subventionner et doper la consommation des ménages (exemple la prime à la casse).
Plus généralement, un euro 10 % plus faible aiderait en interne les entreprises à accéder au crédit à des taux avantageux et raisonnables.

L’avantage de baisser l’euro se révèlera au niveau des exportations, ou un gain de compétitivité de 10% stimulera le dynamisme des exportations. Cela s’appliquerait également aux grandes entreprises du CAC 40, qui est gagnant par un simple mécanisme d’effets de change.
Les perdants d’une baisse de l’euro seraient les importations. Les entreprises voient augmenter tout ce qui est calculé en dollar. L’exemple le plus significatif serait en ce sens le prix du baril de pétrole, qui coûterait bien plus cher. Les compagnies aériennes, qui vendent leur billet en euro et achètent le pétrole en dollar, seraient fortement pénalisées.

Le changement est-il pour maintenant ?

Les déclarations de Christian Noyer et Mario Draghi ont-elles des chances de se réaliser à court terme ? Cela apparaît peu probable.

En effet, la BCE hésite à intervenir. Elle dispose, malgré un taux d’intérêt directeur très faible, de plusieurs leviers d’actions. Avec une politique volontariste, elle pourrait lancer une campagne de refinancement des banques à long terme (5 ans minimum), et ainsi intervenir sur le marché des petites et moyennes entreprises (PME) afin de stimuler l’entreprenariat par le crédit. Cela permettrait également de baisser temporairement l’euro, ce qui stimulerait l’activité à l’exportation.

La BCE hésite cependant à intervenir pour deux raisons. La première est que son objectif premier est de maintenir l’inflation. La seconde est qu’une intervention pourrait avoir des effets contreproductifs, qui pourraient freiner la relance de l’économie européenne.

Enfin, précisons que l’opinion publique allemande est très divisée sur ce point. La cour constitutionnelle de Karlshrue a précisé récemment que le meilleur moyen  d’obtenir un relâchement de la politique monétaire, et donc une baisse de l’euro, était de rappeler que la BCE doit rester indépendante et veiller à la stabilité des prix.

Le changement n’est à priori pas pour maintenant.

Le rapport du Giec sonnera-t-il l’alarme un an avant la conférence internationale sur le climat à Paris en 2015 ?

Le dernier traité international favorisant la lutte contre le réchauffement climatique date déjà de 1997. Les conférences suivantes dont celle de Copenhague en 2009 et de Varsovie en 2013 se sont soldées par des échecs. Alors qu’une nouvelle conférence est prévue l’an prochain à Paris, aucun accord contraignant n’a été trouvé. C’est dans ce contexte, que le Giec publie le deuxième volet de son rapport donnant des prévisions alarmantes sur le réchauffement climatique qui commence déjà à avoir un impact sur nos sociétés.

Le rapport du Giec démontre une « incertitude catastrophique »

Les experts du Giec prévoient une hausse de la température globale de 4°C d’ici la fin du siècle. Une telle augmentation entraînerait une hausse moyenne du niveau de la mer de 30 cm à 1 mètres selon ses estimations aggravant les risques d’inondations en zone côtière et sur les basses terres. Face à ces risques le Giec préconise de restaurer des zones humides qui serviraient de zone tampon en cas d’inondation. D’autres solutions envisagées par un météorologue français, Eric Martin seraient d’ouvrir des zones d’expansion des crues ou encore d’ouvrir des bassins servant à stocker temporairement les surplus hydriques.

Par ailleurs, les épisodes de sécheresse se multiplieront selon le Giec. Le rapport prévoit une baisse des rendements agricoles de 2% par décennie à cause d’une dégradation de la qualité de l’eau due à une réduction significative des eaux de surface et souterraines. Les pénuries d’eau toucheront principalement les pays de l’hémisphère Sud en Afrique, en Asie et dans le Sud de l’Australie. Certaines régions de l’hémisphère Nord ne seront pas épargnées comme le Sud de l’Europe et l’Amérique du Nord.

Insécurité alimentaire et croissance en berne

Une augmentation de la température globale de 2°C par rapport aux niveaux de la fin du XXème siècle, selon un scénario plus optimiste du Giec affecterait tout de même la production de blé de maïs et de riz, rendant difficile l’accès aux ressources et mettant en péril la stabilité des prix des denrées qui grimperaient en flèche. Ces difficultés d’accès à la nourriture conjuguées à des pénuries d’eau  accroitront  la fréquence des conflits et le volume des migrations Une étude américaine estime que pour chaque augmentation de 1° de la température, le nombre des conflits augmentera de 14%.

Enfin, la croissance économique ralentira. Si le scénario d’une augmentation de 2° de la température globale se produit, le Giec prévoit une perte d’entre 0,2% et 2% des revenus annuels mondiaux. La pauvreté augmentera dans les pays en développement et des poches de pauvreté apparaitront dans des pays déjà marqués par de très fortes inégalités.

Le troisième volet du 5ème rapport est attendu pour mi-avril 2014 mais le pessimisme est de mise concernant la conférence de Paris de 2015 qui devrait aboutir à « quelques timides avancées sur quelques dossiers techniques » selon Martin Beniston, le co-président du groupe « Impacts Climatiques » du Giec dans les années 1990 et actuel directeur de l’Institut des Sciences de l’Environnement de l’Université de Genève. D’après ce dernier, l’Europe et les Etats-Unis seront plus préoccupés par la reprise de leur croissance après une grave crise économique, le court terme, que par les problématiques environnementales, le long terme.

terraeco.net, franceinfo.fr, latribune.fr, www.lemonde.fr

La Pologne entre néolibéralisme et crise économique : la situation des fonds de pension

A la lumière de la crise économique que traverse l’Union Européenne depuis la crise des sub-primes de 2008, la Pologne fait figure de bon élève. Dans la décénnie à venir,  le pays sera probablement la troisième puissance économique du continent. Ce « mythe polonais » s’explique par la très bonne adaptation du pays aux enjeux liés à la mondialisation. Ces vingt dernières années, par un modèle néolibéral adapté à la concurrence internationale, la Pologne s’est considérablement développée. Les gouvernements succéssifs de Varsovie ont fortement appuyé les réformes concernant les dérégulations, les soutiens aux investisseurs étrangers et les privatisations. De plus, depuis son intégration à l’Union Européenne en 2004, le pays jouit de 4,5 milliards d’euros de subventions européennes (montant susceptible d’augmenter, notamment avec la renégociation des accords de la Politique Agricole Commune). En ce sens, la réforme de 1999 a introduit la privatisation complète du système de sécurité sociale, reposant sur trois pilliers : le fond public ZUS, les fond de pensions privés OFE et les systèmes de retraites dits volontaires (par exemple, au niveau de l’entreprise ou des corporations)[i]. Cependant, au mois de novembre 2013, le gouvernement polonais a annoncé la nationalisation partielle du système de santé [ii]. Pourquoi aller à l’encontre d’une stratégie économique globale  vieille de deux décénnies ?

L’enjeu est essentiellement lié aux problèmes de déficit économique que connaît le pays. Une nationalisation permetterait d’abaisser le niveau de sa dette publique de 8%, de 58 à un peu moins de 50% du produit intérieur brut. Cette réforme clé pour le pays éviterait des coupes automatiques dans le budget, prévus par la constitution en cas de déficit supérieur à 55% du PIB[iii]. Cela aiderait également  l’Etat polonais à emprunter  à moindre coût sur les marchés. Le principe de ce système est le suivant : l’Etat transfère les bonds du trésor détenus par des fonds privés vers la sécurité sociale (ZUS), puis il les annule, générant un bénéfice total de 65 milliards d’euros (équivalent au budget 2014 français pour l’éducation nationale). Ces parts correspondant à 51,5% des avoirs totaux. Les 48,5 % restant continueront d’êtres administrés et gérés par des fonds privés. Autrement dit, les Polonais avaient le choix  d’opter pour  un régime de sécurité sociale privé ou public. L’immense majorité a choisi le public, bien plus intéressant économiquement et en termes de prestations sociales. Les pensions polonaises seront donc payées par l’Etat à partir du mois de juillet prochain.

Ce système est donc très éfficace à court terme ; mais se heurte  à deux problèmes majeurs. Le risque national est simple, la cour constitutionelle polonaise pourrait déclarer la réforme anticonstitutionelle. Mais beaucoup parmis les constitutionnalistes estiment que le texte ne sera retoqué qu’à la marge (donc quelques semaines de perdus). A l’international, le risque est plus important, lié aux risques de spéculations si les fonds de pensions ne peuvent plus investir dans le système de santé polonais[iv].

Ce cas n’est pas isolé. Le cas de la Pologne s’inspire largement de l’exemple hongrois datant de 2010[v], avec des résultats mitigés. Le Portugal envisage également de recourrir au même procédé.


OPA sur le ballon rond

Les droits de retransmission du football sont une histoire de gros sous. Le conflit qui opposait Canal+ à la chaîne qatarie BeIN Sports témoigne bien des luttes pour la diffusion des matchs français. La justice a rendu son verdict cette semaine ; verdict qui démontre l’importance croissante du marché que représente le sport le plus populaire en France et qui illustre l’internationalisation croissante du football dans l’hexagone.

Le Tribunal de grande instance de Paris a validé, le 28 mars 2014, sa décision de relancer par anticipation la négociation pour les droits de diffusion télévisuelle de la Ligue 1 pour la période 2016-20, allant dans le sens de la Ligue de football professionnel (LNFP). Canal +, le diffuseur historique du championnat français se trouve désormais en concurrence avec la nouvelle chaîne qatarie BeIN Sport.

Une simple « exigence de concurrence » ?

«Le processus de l’appel d’offres va pouvoir se dérouler comme prévu, dans des conditions de concurrence loyales et transparentes pour l’ensemble des candidats. Que le meilleur gagne », a déclaré le président de la Ligue de football professionnel Frédéric Thiriez. Ce dernier était à l’origine du conflit juridique initié par Canal+ qui déposât, le 6 mars, un référé pour suspendre l’opération de mise en concurrence anticipée.

La répartition des droits de diffusions entre les différentes chaînes en France n’est pas un enjeu nouveau. Des cartons rouges furent brandis lorsque BeIN Sport – encore elle – déroba à Canal+ les droits de retransmission de la Ligue des Champions et se partagea avec TF1 certaines retransmissions de l’Euro 2012.

Le traditionnel match du dimanche soir sur Canal+ risque donc de disparaitre sacrifié sur l’autel de la « concurrence libre et non faussée ». S’agit-il de plus de concurrence pour plus de concurrence ? Une simple remise à plat de l’attribution des droits de retransmission pour coller aux exigences libérales ?

Le football comme asset management

Cette remise à plat des droits de retransmission s’insère dans les mutations structurelles qu’a connu le milieu footballistique français ces dernières années. A l’instar du championnat anglais, la Ligue 1 s’est internationalisée et les capitaux étrangers ont progressivement abondés vers les grands clubs. L’image du club franchouillard sponsorisé par les Poulets fermiers de Loué a été driblée par la venue des investisseurs russes et qataris. Faisant jeu égal avec les autres championnats européens, la Ligue 1 s’est restructurée en adoptant les mêmes caractéristiques : stades financés par des firmes, accroissement du nombre de joueurs internationaux, capitaux réguliers, etc.

Le football est ainsi aussi perçu comme un actif financier valorisable dont l’optimisation du rendement passe par l’image du club. Le prestige se construit notamment par les palmarès mais surtout via la constitution d’une image publique : dans cette optique,  le recrutement de stars du ballon rond va de pair avec l’achat de droits de retransmission des matchs. Comme dans de nombreux autres domaines, contrôler l’ensemble des éléments de la chaîne de valeur est un plus. Dans le football, un investisseur qui acquiert un club, rénove le stade – et modifie son nom au passage – et détient les droits de retransmission du championnat possède dès lors un avantage comparatif non négligeable pour optimiser son placement.

La décision du Tribunal de grande instance de Paris vient de confirmer ce mouvement de capitalisation de la Ligue 1 en permettant aux investisseurs étrangers plaçant leurs billes dans le ballon rond de devenir un acteur à part entière de la propriété des clubs à la retransmission des matchs.