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Les investissements de la Chine dans le monde

crédit photo : Mariusz Kluzniak
crédit photo : Mariusz Kluzniak

L’année 2014 a bien été celle d’une Chine dépensière et montrant un appétit sans fin en investissements. Autant dire que du temps a passé entre son entrée à l’OMC en 2001 et l’annonce le 8 janvier dernier son plan pour investir 210 milliards d’euros en 10 ans à un rythme de 21 milliards par an avec les pays de la Celac (Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes).

 
Les observateurs attribuent souvent à la Chine une attitude de prédateur vis-à-vis de l’Afrique. Pillage de ressources, soutien aux dictatures sans aucun scrupule, c’est souvent en ces termes qu’est décrite cette relation. Néanmoins, un nombre croissant d’acteurs africains et de médias locaux loue un investisseur indispensable, voir un sauveur pour un continent qui peine à attirer d’importants flux de capitaux et dont les conséquences des aides au développement ont parfois eu des conséquences sociales désastreuses. Les bailleurs internationaux (dont le FMI et la Banque Mondiale)¹ conditionnaient leurs prêts à des réformes économiques drastiques et libérales qui impliquaient la fin des subventions locales à l’agriculture, la coupes brutales de budgets et la privatisation de services publics, santé et eau potable, conduisant à une aggravation de la situation des plus pauvres. La nécessité de rétablir des comptes publics sains a fragilisé les infrastructures publiques, les hôpitaux, routes et chemins de fer à un point qui entrave le développement économique. Imaginez l’aubaine que représentent les investissements chinois en Afrique subsaharienne. En échange de l’accès aux matières premières locales, Pékin prête sans conditions des milliards de dollars qui servent à financer des infrastructures qu’elle produit et installe elle-même avec ses travailleurs détachés.

 
Un changement considérable est néanmoins survenu en mai 2014 lorsque la Chine procède au lancement d’un fonds d’investissement en association avec la Banque Africaine de Développement. Ce fonds intitulé Africa growing together fund aura une capitalisation initiale de 2 milliards de dollars et ne financera plus exclusivement des projets réalisés par des entreprises et des travailleurs chinois, l’idée étant que la construction de ces infrastructures profite davantage à la croissance des pays concernés. Le lancement de ce fonds constitue une avancée mais la Chine réalise toujours la grande majorité de ses accords de manière bilatérale pour le profit de ses entreprises. C’est notamment le mode qui a été employé avec le Maroc le 28 novembre dernier quand les deux pays ont signé 30 accords de coopération sur les ressources énergétiques, les infrastructures et le tourisme.
L’épopée des investissements chinois a été résolument mondiale en 2014. Sur le continent nord-américain cette fois, l’empire du milieu a conclu en septembre dernier, après de longues négociations, un accord sur la protection des investissements étrangers. Il s’agissait d’éviter les conflits juridiques entre les deux pays qui ont vu leurs échanges augmenter de presque 40% depuis 2009. Cette tendance n’est pas prête de s’arrêter et la signature en novembre dernier d’un accord d’échange de devises – visant à délaisser le dollar US- devrait encourager cette évolution. A noter qu’un accord semblable a été signé avec le Qatar pour ses hydrocarbures.

 
Les tensions géopolitiques en Ukraine ont même profité à Pékin qui a conclu plusieurs accords de coopération avec Moscou dont un accord gazier comportait un rabais comparé au prix pratiqué avec les Européens. D’autre part, les ex-frères ennemis communistes, ont convenu d’un accord de coopération dans l’aéronautique pour à terme lancer un constructeur qui concurrencerait Boeing et Airbus.
L’année de tous les accords pour la Chine est également passée par l’Australie, l’un des plus gros producteurs de minerais au monde, un voisin que Pékin ne néglige pas. La diplomatie économique chinoise fonctionne aussi en Océanie comme en atteste le Premier ministre australien Tony Abbott qui qualifiait le 17 novembre 2014 de jour « historique » à l’occasion de la signature d’un accord de libre-échange. Le dirigeant australien est désormais ravi d’ouvrir pour ses entreprises un accès à un vivier de consommateurs considérable tandis que Xi Jinping pourra investir davantage dans les concessions minières qui sont précieuses pour les industries chinoises.
La liste des courses chinoises a fait escale sur tous les continents même s’il est à souligner qu’une attention particulière a été portée à l’Asie que ce soit de manière bilatérale ou multilatérale. Pékin a depuis longtemps voulu diversifier ses débouchés et réduire sa dépendance envers l’Europe et les Etats-Unis notamment grâce à l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) avec laquelle elle a déjà elle a mis fin aux droits de douanes dès 2010 et ses partenaires d’envergures que sont la Corée du Sud et le Japon. Autant de dire que l’année 2014 a exaucé ces souhaits, le 10 novembre dernier elle est parvenue à un accord de libre-échange avec Séoul qui devrait aboutir à réduire de 90% les droits de douane. Cette avancée faisait déjà passer la région qui a la plus forte croissance mondiale aux premiers plans pour atteindre cette fois 25% du commerce mondial. Le coup de maître est venu le lendemain lorsque la Chine a proposé à ses partenaires de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) un autre accord de libre-échange qui pourrait représenter cette fois 50% de l’économie mondiale. Une feuille de route a été mise en place mais les Etats-Unis se sont opposés au projet qui concurrence directement leur projet de Trans Pacific Partnership qui exclut la Chine.

 
Les Etats-Unis observe d’un œil méfiant l’ascension irrésistible de leur challenger qui en un an a noué des relations avec tout le globe. Il est loin le temps où Washington servait de parrain à l’Empire du milieu pour son entrée à l’OMC en 2001. Près de 14 ans après, il est intéressant d’observer comment Pékin parvient presque à se substituer à l’organisation de Genève et son cycle de Doha. Partenaires, ennemis, ancien alliés, quasi-alliés, tous les gouvernements du monde font une bonne part de leur échange avec la Chine. A l’heure de la mondialisation poussée, qui est vraiment la nation indispensable ?

 

Moussa Koné

Sources :

¹ Nôtre maison brûle au Sud de Serge Michailof, Fayard, 2010

le figaro  RFI  jeune afrique les echos

Le rapport du Giec sonnera-t-il l’alarme un an avant la conférence internationale sur le climat à Paris en 2015 ?

Le dernier traité international favorisant la lutte contre le réchauffement climatique date déjà de 1997. Les conférences suivantes dont celle de Copenhague en 2009 et de Varsovie en 2013 se sont soldées par des échecs. Alors qu’une nouvelle conférence est prévue l’an prochain à Paris, aucun accord contraignant n’a été trouvé. C’est dans ce contexte, que le Giec publie le deuxième volet de son rapport donnant des prévisions alarmantes sur le réchauffement climatique qui commence déjà à avoir un impact sur nos sociétés.

Le rapport du Giec démontre une « incertitude catastrophique »

Les experts du Giec prévoient une hausse de la température globale de 4°C d’ici la fin du siècle. Une telle augmentation entraînerait une hausse moyenne du niveau de la mer de 30 cm à 1 mètres selon ses estimations aggravant les risques d’inondations en zone côtière et sur les basses terres. Face à ces risques le Giec préconise de restaurer des zones humides qui serviraient de zone tampon en cas d’inondation. D’autres solutions envisagées par un météorologue français, Eric Martin seraient d’ouvrir des zones d’expansion des crues ou encore d’ouvrir des bassins servant à stocker temporairement les surplus hydriques.

Par ailleurs, les épisodes de sécheresse se multiplieront selon le Giec. Le rapport prévoit une baisse des rendements agricoles de 2% par décennie à cause d’une dégradation de la qualité de l’eau due à une réduction significative des eaux de surface et souterraines. Les pénuries d’eau toucheront principalement les pays de l’hémisphère Sud en Afrique, en Asie et dans le Sud de l’Australie. Certaines régions de l’hémisphère Nord ne seront pas épargnées comme le Sud de l’Europe et l’Amérique du Nord.

Insécurité alimentaire et croissance en berne

Une augmentation de la température globale de 2°C par rapport aux niveaux de la fin du XXème siècle, selon un scénario plus optimiste du Giec affecterait tout de même la production de blé de maïs et de riz, rendant difficile l’accès aux ressources et mettant en péril la stabilité des prix des denrées qui grimperaient en flèche. Ces difficultés d’accès à la nourriture conjuguées à des pénuries d’eau  accroitront  la fréquence des conflits et le volume des migrations Une étude américaine estime que pour chaque augmentation de 1° de la température, le nombre des conflits augmentera de 14%.

Enfin, la croissance économique ralentira. Si le scénario d’une augmentation de 2° de la température globale se produit, le Giec prévoit une perte d’entre 0,2% et 2% des revenus annuels mondiaux. La pauvreté augmentera dans les pays en développement et des poches de pauvreté apparaitront dans des pays déjà marqués par de très fortes inégalités.

Le troisième volet du 5ème rapport est attendu pour mi-avril 2014 mais le pessimisme est de mise concernant la conférence de Paris de 2015 qui devrait aboutir à « quelques timides avancées sur quelques dossiers techniques » selon Martin Beniston, le co-président du groupe « Impacts Climatiques » du Giec dans les années 1990 et actuel directeur de l’Institut des Sciences de l’Environnement de l’Université de Genève. D’après ce dernier, l’Europe et les Etats-Unis seront plus préoccupés par la reprise de leur croissance après une grave crise économique, le court terme, que par les problématiques environnementales, le long terme.

terraeco.net, franceinfo.fr, latribune.fr, www.lemonde.fr

La Pologne entre néolibéralisme et crise économique : la situation des fonds de pension

A la lumière de la crise économique que traverse l’Union Européenne depuis la crise des sub-primes de 2008, la Pologne fait figure de bon élève. Dans la décénnie à venir,  le pays sera probablement la troisième puissance économique du continent. Ce « mythe polonais » s’explique par la très bonne adaptation du pays aux enjeux liés à la mondialisation. Ces vingt dernières années, par un modèle néolibéral adapté à la concurrence internationale, la Pologne s’est considérablement développée. Les gouvernements succéssifs de Varsovie ont fortement appuyé les réformes concernant les dérégulations, les soutiens aux investisseurs étrangers et les privatisations. De plus, depuis son intégration à l’Union Européenne en 2004, le pays jouit de 4,5 milliards d’euros de subventions européennes (montant susceptible d’augmenter, notamment avec la renégociation des accords de la Politique Agricole Commune). En ce sens, la réforme de 1999 a introduit la privatisation complète du système de sécurité sociale, reposant sur trois pilliers : le fond public ZUS, les fond de pensions privés OFE et les systèmes de retraites dits volontaires (par exemple, au niveau de l’entreprise ou des corporations)[i]. Cependant, au mois de novembre 2013, le gouvernement polonais a annoncé la nationalisation partielle du système de santé [ii]. Pourquoi aller à l’encontre d’une stratégie économique globale  vieille de deux décénnies ?

L’enjeu est essentiellement lié aux problèmes de déficit économique que connaît le pays. Une nationalisation permetterait d’abaisser le niveau de sa dette publique de 8%, de 58 à un peu moins de 50% du produit intérieur brut. Cette réforme clé pour le pays éviterait des coupes automatiques dans le budget, prévus par la constitution en cas de déficit supérieur à 55% du PIB[iii]. Cela aiderait également  l’Etat polonais à emprunter  à moindre coût sur les marchés. Le principe de ce système est le suivant : l’Etat transfère les bonds du trésor détenus par des fonds privés vers la sécurité sociale (ZUS), puis il les annule, générant un bénéfice total de 65 milliards d’euros (équivalent au budget 2014 français pour l’éducation nationale). Ces parts correspondant à 51,5% des avoirs totaux. Les 48,5 % restant continueront d’êtres administrés et gérés par des fonds privés. Autrement dit, les Polonais avaient le choix  d’opter pour  un régime de sécurité sociale privé ou public. L’immense majorité a choisi le public, bien plus intéressant économiquement et en termes de prestations sociales. Les pensions polonaises seront donc payées par l’Etat à partir du mois de juillet prochain.

Ce système est donc très éfficace à court terme ; mais se heurte  à deux problèmes majeurs. Le risque national est simple, la cour constitutionelle polonaise pourrait déclarer la réforme anticonstitutionelle. Mais beaucoup parmis les constitutionnalistes estiment que le texte ne sera retoqué qu’à la marge (donc quelques semaines de perdus). A l’international, le risque est plus important, lié aux risques de spéculations si les fonds de pensions ne peuvent plus investir dans le système de santé polonais[iv].

Ce cas n’est pas isolé. Le cas de la Pologne s’inspire largement de l’exemple hongrois datant de 2010[v], avec des résultats mitigés. Le Portugal envisage également de recourrir au même procédé.


Fiscalité écologique : qui va payer? (et quoi ?)

Il a suffi que le Comité pour la transition écologique s’apprête à remettre ses conclusions sur la fiscalité écologique pour que celle-ci caracole en tête des actualités environnementales. Pourtant, de nombreux articles abordent la question comme si il s’agissait d’une nouvelle mesure qui viendrait impacter les finances des ménages français.

En réalité, la fiscalité écologique n’a rien de nouveau et est déjà bien en place en France. Le débat se porte uniquement sur l’ajout de nouveaux éléments à cette fiscalité, la France étant en retard sur certains de ses voisins européens. En effet, les ménages portent d’ores et déjà une partie du coût de l’impact écologique de ce qu’ils consomment avec une justification simple : les ressources n’étant pas infinies, nous payons pour dédommager les prochaines générations de la rareté future que créé notre consommation. La fiscalité devient un dédommagement mais également une incitation pour les ménages à moins consommer, ou à consommer de façon plus responsable. Dans les faits, la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) qui s’applique à l’usage d’énergies carbonées a rapporté 25,5 Mds€ à l’Etat en 2011. D’autres taxes comme la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) et la redevance de prélèvement d’eau s’appliquent aux ménages et donnent un coût à l’empreinte environnementale de la consommation des ménages. Néanmoins, celles-ci ne couvrent qu’une partie des impacts et certaines pollutions, comme les rejets de nitrates dans l’eau, ne sont pas prises en compte. Les foyers français ne paient donc par exemple pas pour leur contribution à la formation des masses d’algues vertes qui couvrent les plages bretonnes. D’autres taxes existent, mais elles sont marginales en comparaison de la TICPE (vous pouvez voir une liste de l’ensemble des taxes environnementales et leurs revenus sur cette page).

Pour ce qui est du réchauffement climatique (et donc des émissions de gaz à effet de serre) les entreprises sont dans un système de quotas qui préfigure un marché européen du carbone : Bruxelles attribue des quotas d’émission aux pays qui les distribuent aux entreprises, ces dernières peuvent ensuite acheter des quotas supplémentaires au prix du marché selon leurs émissions. Par contre, rien n’existe encore en France pour les particuliers si ce n’est le malus à l’achat d’un véhicule polluant qui a rapporté 1,1 Mds€ à l’Etat en 2011. C’est donc sur ce point que porte vraiment le débat : après tout, pour l’instant, les producteurs paient mais pas les consommateurs. Le Comité pour la fiscalité écologique préconise, dans cette optique, de réduire l’écart entre taxes diesel et taxes essence. « D’environ 18 centimes par litre actuellement, cet écart en faveur du diesel passerait à 10,6 centimes en 2020, selon le plan soumis à la quarantaine d’élus et représentants des associations, des entreprises et des syndicats siégeant dans le Comité [pour la fiscalité écologique]. » (source) Pourquoi un retour sur cette mesure ? Parce que ça ne se justifie pas par rapport aux pollutions que représentent les véhicules diesels, et notamment les véhicules âgés.

La taxe carbone, qui avait disparu de nos écrans radars après sa censure de la proposition de loi de Sarkozy par le Conseil constitutionnel, risque également de faire son grand retour. Les recommandations du Comité pour la fiscalité écologique sont de faire passer la pilule en douceur en  baissant temporairement et parallèlement la fiscalité hors carbone. Si le gouvernement Hollande se décidait à appliquer cette mesure, pas besoin de croiser les doigts pour qu’elle se fracasse encore une fois contre le mur du Conseil constitutionnel parce que, d’une part, ça serait ne pas assumer son empreinte sur l’environnement, et d’autre part, il ne s’agira pas d’une nouvelle loi mais d’un rehaussement des taxations énergétiques. Mediapart croit de son côté qu’il s’agit d’un enthousiasme prématuré.

Mais que personne ne prenne peur, la fiscalité écologique ne représente pas que des coûts en plus pour les ménages et les entreprises ; cela serait contre-productif. Il s’agit également d’encourager les bons comportements. Des crédits d’impôts dégressifs pour les foyers à faible revenus et une incitation financière au retrait des vieux véhicules (qui avait un temps permis la relance du secteur automobile français) sont dans les tablettes. Mais ce ne sont pas les seules mesures d’incitation possibles.

Qui paie quoi en France ?

76 % des taxes environnementales proviennent du secteur de l’énergie (chiffres 2010), via la Taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques (TICPE) et diverses taxes annexes : taxes sur l’électricité, taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel, taxe charbon…

Les taxes sur les transports constituent 17% des recettes (cartes grises, taxe sur les véhicules de société…). Le projet de loi de finance 2013 instaure un durcissement du malus automobile.

Les taxes sur la pollution et les ressources représentent seulement 6% des recettes.

La fiscalité écologique ou fiscalité environnementale représente 4,7% des prélèvements obligatoires en France (contre 6,19% pour la moyenne européenne). Source

Si vous voulez en savoir plus, c’est ici, , ou même ici.