L’Afrique : Riche en ressources et pauvre en infrastructures

Même si le potentiel de l’économie africaine et du marché africain est aujourd’hui connu de tous, l’investissement ne suivra que si les infrastructures nécessaires sont en place, comme l’a démontré la première édition du Forum Build Africa tenue à Brazzaville début février. Les infrastructures en Afrique sont primordiales et déterminantes pour le développement du continent. Les autorités africaines sont conscientes du retard du continent africain en termes d’infrastructures. La question est de savoir comment surmonter le manque d’infrastructures et arriver à honorer les prévisions plus qu’optimistes du Fonds Monétaire International (FMI) qui prévoit une croissance de plus de 6%. Les yeux sont souvent tournés vers l’Asie mais rappelons que l’Afrique a connu une croissance supérieure à celle de l’Asie sur les dix dernières années.

http://www.jeuneafrique.com/
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Importance des infrastructures

Selon les chiffres de la Banque Africaine de développement (BAD) seulement 45 millions de dollars ont été mobilisés en 2012-2013 pour le développement des infrastructures en Afrique. Or, le continent aurait besoin de plus de 93 millions de dollars par an pour que son économie puisse atteindre une bonne vitesse de croisière. Le manque d’infrastructures a des conséquences néfastes sur le développement économique avec une perte de productivité estimée à 40%. Dans ce sens, Jean-Jacques Bouya, ministre congolais de l’Aménagement et des grands Travaux a affirmé lors du forum Build Africa que le manque d’infrastructure ampute le PIB de l’Afrique de 2% par an.

L’argent n’est pas le seul problème. Divers projets en cours dont le pont de Brazzaville-Kinshasa, le projet de navigation fluviale du lac Victoria vers Alexandrie, le barrage Inga III au nord de Matadi, au Congo, le projet de gazoduc entre l’Algérie et le Nigéria, le réseau de fibres optiques des Grands Lacs, la Grande Muraille verte entre autres sont ralentis par l’absence de cadre légal, la corruption et la faiblesse de certains gouvernements. Ces critères sont méticuleusement évalués par les investisseurs pour évaluer les risques avant d’investir en Afrique qui est pour beaucoup d’entre eux une terre inconnue.

Les infrastructures et la gouvernance sont donc les deux armes dont l’Afrique doit se doter pour réussir son arrivée parmi les géants de l’économie.

Enjeu humain : Innovation et formation

Le forum Build Africa qui a réuni environ 600 participants a été riche en échanges sur l’importance des infrastructures pour soutenir le développement et attirer les investisseurs sur le continent africain. Parmi les grandes lignes abordées lors de cette rencontre, la dimension humaine. Cet aspect souvent oublié est essentiel pour accompagner le développement des infrastructures.  Richard Attias, organisateur du forum, a mis en avant cette dimension humaine qui doit être analysée en amont du déploiement des infrastructures. L’objectif est d’offrir une formation professionnelle aux Africains après leurs études primaires et secondaires pour qu’ils soient aptes à gérer les nouvelles infrastructures dans les secteurs qui se modernisent ou qui se développent pour la première fois en Afrique.

Les formations professionnelles accompagnées de dispositifs de financement et l’allègement des réglementations permettront la création de valeurs locales avec la création d’entreprises locales(PME). Cela réduirait la dépendance aux investissements étrangers. Faciliter le développement à un niveau local est aussi un moyen de créer un secteur privé local africain qui peut s’avérer plus rentable que les investissements étrangers.

Afin de faire de l’Afrique l’une des puissances de demain, un véritable modèle de développement doit être créé. Ce modèle doit pouvoir offrir aux investisseurs la confiance nécessaire pour une meilleure évaluation des risques. Surmonter le déficit d’infrastructures, créer de la valeur au niveau local, valoriser le capital humain de l’Afrique et éradiquer les défaillances institutionnelles sont, parmi d’autres, des impératifs à atteindre pour accompagner le changement et un développement prometteur de l’Afrique.

Grégory Quérel parmi les 100 leaders économiques de demain


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Pour la deuxième année consécutive, le Figaro Magazine a publié en exclusivité, le 7 février, le palmarès des 100 leaders économiques de demain, élaboré par l’Institut Choiseul.

Ces 100 nouveaux leaders ont été identifiés comme tels car ils jouent un rôle important dans l’économie d’aujourd’hui et surtout parce qu’ils sont pressentis pour prendre part à l’action économique de demain d’une façon déterminante.

Le jury évalue les profils selon les critères suivants :

  • Accomplissement : expérience / réalisation / progression
  • Situation : position / réputation / influence
  • Potentiel : créativité / vision / agilité

Parmi les nouveautés 2014 de ce classement, 28 nouvelles têtes y font leur apparition dont le PDG de Boursorama, Marie Cheval (39 ans) ou encore Mathieu Gallet, Président à 36 ans, de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA).

A noter également, l’apparition de Grégory Quérel (35 ans), Président Directeur Général du groupe Necotrans, seul groupe du secteur de la logistique internationale présent dans ce classement. Diplômé de l’Essca et de l’Ecole Centrale de Paris, il a rejoint Necotrans en 2004 à la direction financière du groupe, avant d’être promu secrétaire général, puis Président du Directoire et Directeur Général Délégué. Suite au décès du fondateur du groupe Richard Talbot en novembre dernier, Grégory Quérel a été nommé Président Directeur Général par le Conseil d’Administration de Necotrans.

Implanté dans 40 pays, le groupe  est présent particulièrement en Afrique où il contribue au développement local, fort d’une dynamique présentée dans le cadre du 3ème Forum Afrique organisé par le Moniteur du Commerce International (Moci).

Les as de l’Asset Management 2013

Les plus grands acteurs de l’asset management selon Funds Magazine
Les plus grands acteurs de l’asset management selon Funds Magazine

Funds Magazine, magazine spécialisé sur la production, gestion et distribution de fonds, a publié une intéressante rétrospective rappelant les personnalités qui ont marqué l’année 2013.

Ces hommes, présentés comme « les plus grands acteurs de l’asset management », sont les suivants : Philippe Vayssettes (Banque Neuflize OBC); Jean-Pierre Grimaud (Swiss Life Asset Managers); Philippe Delienne (Convictions AM); Laurent Tignard (Groupe Edmond de Rothschild); Paulo Del Priore (Victoire Brasil Investimetos); Matteo Pardi (HSBC Global Asset Management -France); Christophe Gloser (Fidelity France); Xavier Lépine (La Française);  Didier le Menestrel (Financière de l’Echiquier); Gilles Guérin (THEAM).

Ces dix professionnels de la gestion d’actifs financiers jouent un rôle stratégique majeur pour leurs entreprises et le secteur. Dans un contexte incertain depuis 2008, ils rassurent. Par exemple, Philippe Delienne, créateur de Convictions Asset Management, prévoit une accélération de la croissance aux Etats-Unis pour 2014. Autre signe positif, au Brésil, Paulo Del Priore, Directeur Général de Victoire Brasil Investimentos, estime que « du fait de la vigueur de la demande interne, les valeurs brésiliennes réunissent les conditions d’une performance à la fois durable et autonome ». Il va jusqu’à faire part de la « naissance d’une nouvelle classe d’actifs ».

Ces hommes jugés remarquables par Funds Magazine pour 2013, portent le dynamisme de l’asset management, par leurs prévisions, leurs analyses, mais aussi par leurs décisions et leurs capacités à conduire des projets d’envergure.

Laurent Tignard, Responsable Global du métier d’Asset Mangement au sein du groupe Edmond de Rothschild (EdRAM), a fait entrer EdRAM dans une nouvelle ère, notamment en orchestrant le lancement d’une nouvelle plateforme de gestion quantitative à Londres. Cette structure est appelée à prendre encore davantage d’importance. En effet, une nouvelle expertise va y être gérée, celle de la gestion de fonds de dettes « infra » avec, in fine, un prochain fonds de ce type dédié aux investisseurs institutionnels.

Ces experts, répertoriés par Funds Magazine pour 2013 ont toutes les chances de se faire à nouveau remarquer au cours de l’année à venir. Nous suivrons donc particulièrement leurs actualités.

La contrefaçon : une alternative risquée

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La contrefaçon touche la plupart des industries ; l’automobile avec les pneus de voitures, les pièces détachés, l’ameublement avec des copies de meubles de créateurs, les jouets, les cosmétiques, la mode, l’agroalimentaire, les nouvelles technologies avec des téléphones mobile contrefaits, l’industrie du tabac et même les médicaments. Ces produits, qui arrivent illégalement sur les marchés traditionnels ainsi que sur internet,  représentent un véritable manque à gagner pour les fabricants honnêtes qui perdent la main sur leurs produits et leur image de marque.

D’un point de vue sanitaire, les produits contrefaits représentent un danger potentiel pour ses consommateurs. Dans le cas de l’utilisation d’un produit cosmétique, où le produit est en contact direct avec la peau, le risque est très élevé. Les périodes de fêtes, particulièrement celle de Noël connaissent une surcroissance du marché de la contrefaçon quand les consommateurs se ruent sur les jouets « imitations ». Le secteur du bâtiment a eu des sueurs froides en 2013 avec le rappel de milliers d’euros de câbles électriques, de sèches serviettes électriques et de détecteurs de fumée, tous défectueux et présentant des risques graves pour la sécurité des occupants des logements concernés.

Lutter contre la contrefaçon

Face à cette prise de risque sous-estimée par les autorités régulatrices et par les consommateurs, les marques se mobilisent afin de lutter contre ce fléau silencieux qui touche l’ensemble des secteurs. La Fédération de l’industrie horlogère suisse donne l’exemple en traquant les contrefaçons de montres et en faisant de ce problème son cheval de bataille. Le commerce en ligne est connu par tous pour ses aubaines en tout genre. L’ameublement en est une. Et la contrefaçon est une des inquiétudes des éditeurs de meubles. Nous pouvons par exemple trouver des meubles tels le fauteuil dessiné en 1956 par Charles et Ray Eames à 950 euros contre 7900 euros pour une pièce dotée de la certification Vitra qui est officiellement la seule entreprise habilitée à le fabriquer en Europe. Internet est un catalyseur de la contrefaçon et ne fait qu’amplifier les conséquences sur les secteurs qui perdent l’exclusivité sur leurs produits.

Trafic de drogue et contrefaçon

Mis en place en 2013, un programme commun de l’ONUDC avec l’organisation mondiale des douanes et de contrôle des conteneurs (PCC) a été mis en place pour lutter contre le passage des frontières des drogues dissimulées dans des conteneurs. Bien que développée pour la lutte contre les drogues, ce programme a démontré que dans plus d’un tiers des contrôles, des produits contrefaits ont également été interceptés. Les réseaux utilisent donc des modus operandi similaires aux réseaux de trafic de drogue. Soulignons aussi que le trafic des contrefaçons de médicaments, par exemple, est considéré comme plus lucratif et moins risqué que le trafic de drogues pour les trafiquants selon une étude de l’Institut de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM).

Ethique et contrefaçon

Comment sont produits les articles de contrefaçon ? L’exploitation des travailleurs qui sont faiblement rémunérés est une autre facette de la contrefaçon. En plus de copier des modèles qui ne sont pas leur propriété intellectuelle et industrielle, les fabricants ont recours à des pratiques réduisant les couts de fabrication : matières premières toxiques ou de mauvaise qualité, travailleurs maltraités, aucuns avantages sociaux, aucun respect de l’environnement parmi d’autres. La qualité des produits présentent des composants qui peuvent gravement nuire à la santé des consommateurs comme le démontre le rapport du laboratoire des douanes françaises de Marseille. En analysant des cigarettes saisies pour contrefaçon, elle a trouvé des crottes de souris dans le tabac. D’un autre point de vue, nous pouvons également mettre en question la volonté du consommateur à avoir une consommation « responsable » face au crime de la contrefaçon. Le prix du produit est très souvent le critère qui influe sur la décision de l’acheteur.

La responsabilité des sites e-commerces

La vente en ligne de produits par les particuliers a connu une explosion de son activité avec sur les dernières années une amplification du phénomène avec des sites comme Ebay et notamment leboncoin qui est devenu le deuxième site sur lequel les Français ont passé le plus de temps après Facebook en 2013. La vente de produits d’occasion est fortement touchée par les contrefaçons. Il est indéniablement très difficile pour les sites de contrôler un à un chaque produit mis en vente sur leur sites ; la modération est faite de façon automatique et implique que très peu d’interventions humaines. La coopération au lieu du contentieux judicaire doit être la solution pour trouver un compromis entre les marques qui souhaitent protéger leurs produits et les sites e-commerce qui souhaitent augmenter leurs chiffres d’affaires.

Necotrans et le Port Autonome de Dakar, un partenariat porteur pour le Sénégal

vue aerienne du port de dakar
vue aerienne du port de dakar

Le Port Autonome de Dakar a attribué au groupe français Necotrans, spécialiste de la logistique internationale, la gestion et l’exploitation du môle 8 en vue de sa modernisation.

Le port Autonome de Dakar et le groupe Necotrans ont signé le 27 novembre 2013 une convention d’exploitation intégrant la réhabilitation d’une partie des infrastructures du port, le môle 8. A très court terme ce môle accueillera le terminal vraquier de Dakar, dédié aux opérations de manutention des vracs pondéreux tant import qu’export.

De la croissance et des emplois à la clé

En termes d’emplois, le groupe Necotrans évoque entre 150 et 200 postes à pourvoir à l’horizon 2020 nécessitant  des profils et des compétences variées (opérationnels, financiers, administratifs). Le projet porté par le groupe Necotrans vise à renforcer la compétitivité du port de Dakar tout en renforçant ses capacités portuaires en termes d’accueil et de volumes ; le corridor sénégalais devrait en particulier rapidement capter les trafics issus des industries minières de la sous-région.

Ces éléments ont eu un fort écho chez les travailleurs du Port, regroupés à travers différents syndicats et amicales, qui ont récemment déclaré à la presse être en phase avec la politique adoptée par la direction générale du Port. Comme le déclarait Amadou NDIAYE de l’amicale des Cadres du Port Autonome de Dakar (ACAPAD) : « il urge que le Port Autonome de Dakar réponde aux exigences des standards de ports modernes ».

La mise en œuvre du projet Necotrans sera conduite dans le respect des normes QHSE et ISPS et participera de fait à l’amélioration des équilibres sociaux, environnementaux et sécuritaires sur le Port de Dakar.

Les coûts d’investissements

Le coût total du projet atteindra 74 millions d’Euros (48 Milliards de FCFA), dont 54.7 millions (35.9 Milliards de FCFA) seront destinés à des équipements de manutention de dernière génération. Le Terminal opérera des navires de forts tonnages devant charger ou décharger des cargaisons de vracs pondéreux tels que du sable, des granulats, de la houille ou encore différents minerais. D’autre part, 19.4 Millions d’Euros (12.7 Milliards de FCFA) seront affectés à la construction d’un nouveau quai qui restera au terme de la convention propriété du Port Autonome de Dakar.

Le projet de NECOTRANS a été sélectionné par la direction du Port Autonome de Dakar car il présente les meilleures garanties en termes d’emplois, de productivité et  de qualité de service ; il est également garant de l’optimisation du volet environnemental et du développement des débouchés économiques locaux. La modernisation et l’implication de ressources locales ont emporté  la conviction des autorités du Port Autonome de Dakar.

Sources :Xibaaru.comLesafriques.comSenenews.com

Le discret retour des « autrichiens »

Parmi les principales écoles de pensée économique, l’école autrichienne, ou école de Vienne, a longtemps fait figure de parent pauvre. Destinée à rester marginale, la crise des subprimes, sévissant à partir de 2007 aux Etats-Unis, l’a soudainement projeté sous les projecteurs de nombreux économistes, politiciens et universitaires, attirés par son explication monétaire de la crise financière. La diffusion de l’école autrichienne d’économie en Europe reste cependant encore aujourd’hui un vaste champ en friche.

Ludwig von Mises
Ludwig von Mises

Histoire et Principes

L’école a pourtant connu son quart d’heure de gloire en 1974, avec la remise du Prix Nobel d’économie à Friedrich von Hayek, tenant de l’économie autrichienne. Celui-ci s’inscrit dans une tradition initiée par la publication des Principes d’économie de Carl Menger en 1871 et dont Ludwig von Mises, fondateur de la société du Mont Pèlerin en est le plus important représentant. L’école autrichienne se détache de la tradition économique néo-classique dans les années 30, à partir du moment où celle-ci décide de faire sienne les idées keynésiennes, et repose sur un axe principal qui fait sa spécificité :

Le subjectivisme : Les partisans de l’école autrichienne ont une approche de l’homme basée sur  l’individualité, loin du modèle de « l’homo oeconomicus » utilisé par les classiques et néo-classiques depuis Adam Smith. Pour les « Autrichiens », l’économie se base avant tout sur l’étude de l’homme qui se veut un être complexe, doué de raison et d’initiative (il est « entrepreneur »), et dont les objectifs ne sont pas uniquement liés à la satisfaction de ses besoins matériels. Cette approche originale implique la nécessaire mise en œuvre des sciences humaines pour le comprendre afin de formuler, en se basant sur l’expérience, des hypothèses sur ses actions à venir : « Personne ne peut être un grand économiste s’il n’est qu’économiste, et je suis tenté d’ajouter que celui qui n’est qu’économiste devient gênant, voire vraiment dangereux ». (F. A. von Hayek).

De ce premier principe découle tout un système d’idées ayant l’individu comme centre de réflexion. Par exemple, dans la pensée de l’école de Vienne, le système de marché n’est pas négatif en soi. D’après les « autrichiens », celui-ci est le résultat d’initiatives individuelles qui se corrigent et se complètent entre elles de manière, certes concurrentielle, mais également constructive. Le marché doit toutefois être régulé comme tous domaine de la vie en société, mais l’action du gouvernement doit se limiter à une action efficace de police, sans intervenir outre-mesure. Le marché doit donc être décentralisé et s’ancrer le plus possible dans la population. Pour que ce système maintienne sa stabilité, les « autrichiens » mettent en avant l’idée de moralité : pour que le marché prospère, l’initiative individuelle doit respecter un cadre éthique. Dans le cas contraire, le rôle de l’Etat est de la sanctionner. «L’économie de marché n’est pas en contradiction avec des valeurs éthiques communes; au contraire, elle les présuppose.» (Václav Klaus).

Ces principes expliquent la critique des économistes proches de l’école autrichienne par rapport à la crise de 2008, causée, selon eux, par un marché centralisé, coupé de la population et basé sur une réglementation développée autour de la seule « règle » de l’offre et de la demande. Dans la gestion de la crise, les économistes de l’école autrichienne reprochent à l’Etat son intervention dans le sauvetage financier de nombreuses banques, délaissant dans le même temps une réforme en profondeur de la règlementation économique.

Critiques et Intérêt

Suite à l’utilisation par Margareth Thatcher et Ronald Reagan de certains concepts prônés par les « autrichiens », ou plus récemment de l’intérêt que leur porte le républicain Ron Paul, également libertarien, l’école autrichienne se trouve souvent assimilée au néo-libéralisme, dont elle s’efforce pourtant de se détacher afin de conserver son indépendance, et essuie de ce fait les même critiques.

De fait, en France, l’école autrichienne d’économie est principalement présente dans l’entourage de personnalités et groupes à tendance libérale tels que l’Institut Turgot, l’institut économique Molinari, qui a organisé son université d’automne sur ce sujet, ou encore les économistes Pascal Salin, Pierre Garello et Renaud Fillieule. On doit également noter que la diffusion et vulgarisation auprès du public français des théories de l’école de Vienne se fait souvent par le biais de sites internet conservateurs à tendance libérale dont l’économiste Thierry Aimar dénonce les amalgames et la « récupération politicienne » qui contribuerait, selon lui, à conserver l’école autrichienne dans un état de « niche intellectuelle ».

Du point de vue du raisonnement, le journaliste français, fondateur de Marianne Jean-François Kahn soutient que le néolibéralisme supposerait une superstructure (Etat fort) capable de faire respecter la libre concurrence contre les conglomérats alors que cette nouvelle mouvance s’oppose aux deux, biaisant ainsi son système de pensée.

 De même, au sujet de la crise économique de 2008, les professeurs d’économie Nouriel Roubini et Stephen Mihm, auteurs du livre Économie de crise – une introduction à la finance du futur, considèrent  que les partisans de l’école autrichienne d’économie ont eu tort « à court terme ». En effet, selon eux, devant l’ampleur et la rapidité de la crise, les interventions massives du gouvernement américain et de la Fed étaient « nécessaires ». Le risque du renforcement d’un déclin économique entraînant des incidences imprévisibles aurait été, en effet, trop risqué. Cependant, « sur le long terme », les deux économistes considèrent que l’analyse des crises vue par l’école autrichienne, en particulier dans leur phase initiale, pourrait s’avérer juste, ce qui pourrait laisser présager dans le futur la possibilité de percevoir et reconnaitre les signaux faibles qui les précèdent.

Si l’Ecole Autrichienne d’économie se rapproche du néolibéralisme du fait de sa volonté de décentraliser le marché et de limiter le rôle de l’Etat, elle en diffère totalement dans les limites posées à celui-ci. Pour un « autrichien », surveiller de près le marché et ses acteurs, exercer un contrôle soutenu auprès des grands organes financiers ne va pas à l’encontre de ses préceptes. L’école de Vienne, de la niche qu’elle occupe, parvient cependant à  exercer une influence discrète sur le débat politique et la recherche en sciences économiques. Quant au principe d’éthique dans l’économie de marché, d’aucun y verront une preuve du caractère utopique de l’école autrichienne. Cependant, après avoir constaté les importants dégâts que peuvent causer les malversations de ne serait-ce qu’un trader, l’idée a le mérite de séduire.

Raphaël B.

Résultats semestriels d’ERAMET : Patrick Buffet affirme sa stratégie pour affronter la crise

(© Vincent Blocquaux / ERAMET)

Lors de la présentation semestrielle des résultats du groupe, fortement impactés par la chute des cours du nickel, le PDG d’ERAMET Patrick Buffet a souhaité mettre en avant une stratégie d’anticipation et de prudence.

Bien entendu, ce point semestriel était tout d’abord marqué par l’impact de la chute des prix du nickel sur le groupe minier français, avec un chiffre d’affaires d’ERAMET Nickel en baisse de 20 % au premier semestre 2013 par rapport au premier semestre 2012. Cette chute des prix s’explique par la croissance des exportations de minerai de nickel de l’Indonésie et des Philippines vers la Chine qui a développé une production de fontes au nickel lui permettant de commercialiser un acier inoxydable de qualité moyenne. Sur ce point, le PDG d’ERAMET espère que le gouvernement indonésien tiendra sa promesse et adoptera une approche plus restrictive sur les exportations de minerais au profit d’une transformation locale, ce qui favoriserait une hausse des prix. « La clé est entre les mains de l’Indonésie » conclue Patrick Buffet, indiquant qu’il poursuivra les discussions avec le gouvernement indonésien. Pour l’heure, la situation est amenée à se maintenir à court terme et le groupe s’y prépare.

« Le gros des investissements stratégiques a été fait » affirmait le PDG du Groupe, qui a profité de deux années de croissance pour consolider ses activités en développant ses grands projets. C’est le cas par exemple du complexe métallurgique de Moanda au Gabon qui représente un investissement de 210 millions d’euros et qui devrait être opérationnel au premier trimestre 2014, a assuré le PDG. Le groupe fait état pour ce premier semestre de l’année 2013 d’une décélération sensible de ses programmes d’investissements par rapport à l’année précédente, s’inscrivant dans le cadre d’une stratégie plus globale de réduction des coûts et d’ajustement de ses productions. Ainsi, le groupe se tient prêt à affronter des années difficiles. Cette politique permettra au groupe d’assurer sa compétitivité et de se maintenir dans le « safe side » selon l’expression du président, tout en ayant la flexibilité nécessaire pour réagir en cas de nouvelles opportunités.

A plus long terme cependant, l’optimisme reste de mise pour le groupe minier. En effet, l’épuisement progressif des anciens gisements nécessiteront des technologies sophistiquées, développées au sein du pôle Recherche & Développement d’ERAMET. La demande pour les métaux et les alliages du groupe conserve par ailleurs un potentiel important, notamment dans les pays émergents. Patrick Buffet a également insisté sur le « climat favorable de coopération » avec le gouvernement gabonais et une production de minerai de manganèse atteignant un niveau record cette année.

Réflexions sur l'économie et la finance dans un monde qui change