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TAFTA : Un traité menacé ?

La cinquième table ronde relative l’accord de libre-échange transatlantique,  baptisé dans un premier temps TAFTA a eue lieu du 19 au 24 mai 2014. Il a pour but de créer un marché commun de 820 millions de consommateurs, en allégeant les tarifs de douanes et les réglementations de part et d’autre de l’Atlantique.  S’il faudra au moins deux ans pour parvenir à un accord, le projet, lui, a déjà plus de 15 ans.

 Pourquoi cette négociation suscite tant d’interrogations ?

Le TAFTA n’est qu’une version modifiée de l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), explique Le Monde Diplomatique,  prévoyant que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros. Trainant une sale réputation dans l’opinion, ses partisans l’ont depuis renommé TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), car il ressemblait trop au traité ACTA, rejeté à Bruxelles au terme d’un long combat politique.

A défaut d’un abandon en plein milieu, les détracteurs du TAFTA comptent aussi sur un ralentissement des tractations. La nouvelle Commission européenne commencera son mandat en octobre prochain et les parlements nationaux auront aussi leur mot à dire. Le traité de Lisbonne prévoit qu’ils soient consultés pour les accords dépassant les compétences communautaires.  Heureusement, dirait-on, car  les délégations américaines (et  européennes) comptent plus de six cents consultants mandatés par les multinationales, qui disposent d’un accès illimité aux documents préparatoires et aux représentants de l’administration. Rien ne doit filtrer. L’instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir. Or chaque pan de notre société pourrait être transformé : sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration. Le libre-échange institutionnalisé.

L’installation d’un mécanisme pour régler les différends des entreprises a aussi sa part de mauvaise publicité. Cela impliquerait la création d’un tribunal international qui statuerait entre un Etat et une entreprise se sentant flouée. Composante fondamentale de l’accord de libre-échange pour les américains, elle suscite l’indignation de ses contradicteurs ; les Verts, une partie de la droite et de la gauche, le centre bien que libéral  et le front national. En effet, si une entreprise a peu de chance de gagner en attaquant un pays dans sa juridiction, ce dispositif avantagerait fortement les intérêts commerciaux. Le pétrolier américain Schuepbach a récemment été débouté par le Conseil constitutionnel après avoir contesté le moratoire français sur le gaz de schiste. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants.

Un euro plus faible ? Un des moyens/moteurs de la croissance française de demain

Le choix politique que font certains, à savoir argumenter sur le fait qu’un euro « faible » situé entre 1,15 et 1,30 dollar pour un euro, serait particulièrement bénéfique pour la compétitivité européenne. D’autres vont plus loin en professant une fin de l’euro : opinion largement partagée par une partie des citoyens européens et français, que les élections  européennes de Mai prochain ne feront malheureusement que constater. Cette opinion est  sans doute économique, au regard des difficultés économiques que la France connaît actuellement. Opinion sans équivoque politique, liée aux technocrates de Bruxelles et la Banque Centrale Européenne, bouc émissaire des maux européens et nationaux.

Le constat s’impose :

Selon les déclarations de Christian Noyer, gouverneur de la banque de France, dans une interview parue le 14 avril dans le Figaro : « l’euro est anormalement fort compte tenu de la position de la zone euro dans le cycle économique et de son retard dans la reprise de la croissance par rapport à d’autres ». Ajoutons également la déclaration de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, qui a fait pression pour que la BCE agisse sur les marchés, pour faire baisser le taux de l’euro. Arnaud de Montebourg et Marine Le Pen, à l’unisson sur ce thème, n’auraient-ils pas tout à fait tort ?
Oui, mais pour de mauvaises raisons.
L’actuel ministre fait la guerre à Bruxelles, invectivant la capitale belge dès qu’une opportunité se présente, dans un souci de politique intérieure.
La candidate Front National aux élections présidentielles de 2012 prétexte un euro trop fort au service d’une oligarchie européenne trop puissante. Il faudrait alors l’abandonner et revenir au franc, dévaluer massivement la monnaie et regagner de la compétitivité (mais augmenter mécaniquement le niveau de la dette avec ladite dévaluation).

Une baisse de l’euro serait profitable à la France

Il y a trois moyens de penser ce phénomène  selon Agnès Benassy-Quéré, professeur à l’université Paris 1, présidente du Conseil d’Analyse Economique.

Si l’on reconstitue l’euro depuis les années 60, la monnaie apparaît légèrement surévaluée, mais sans que cela soit préoccupant.
Le second moyen est d’envisager l’excédent à l’exportation. Rien de bien inquiétant ici car l’UE est excédentaire avec 2,8% du PIB en 2013, tandis que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni sont toujours déficitaires pour la même période.
Enfin, la troisième  variable est celle de la reprise économique. L’UE a aujourd’hui une faible reprise de son activité économique conjuguée à une très faible inflation. C’est ce dernier point qui est particulièrement intéressant.

L’euro oscille à la manière d’un métronome : entre 1,36 et 1,40 dollar pour un euro. Autour d’1,40, les entreprises estiment que nous arrivons à une « zone de stress » entraînant la fragilité de l’ensemble du secteur entrepreneurial, autrement dit un frein majeur à la compétitivité des entreprises. Ce taux est discutable, car il ne reflète pas un niveau stable et général, mais doit s’apprécier en fonction des diverses économies de l’UE, pour le moins de la zone euro.

A titre d’exemple, l’Allemagne, avec un secteur industriel développé et  haut de gamme, peut résister sans trop de difficultés à un euro très élevé. Cependant, il faudra peut-être rediscuter ce point une fois que le salaire minimum sera à 8,5 euro/heure… (Prévu pour la rentrée 2014).

La France, avec des produits sur le marché qui ont une moindre valeur ajoutée, ne peut s’organiser avec un euro qui oscille dans de telles proportions. Les seuls pans de l’industrie qui résistent encore sont les secteurs de la pharmacologie, l’aéronautique ou encore le luxe. Des produits avec une très haute valeur ajoutée.

En quoi un euro plus faible aiderait le dynamisme économique français ?

Selon les estimations d’Agnès Benassy-Quéré, une baisse de 10 % de l’euro conduirait à une hausse temporaire des exportations françaises hors zone euro de 7 à 8 %, à modérer avec une hausse des importations de l’ordre de 3% (sinon il faudrait que les industriels français s’équipent avec des biens Made In France, ce qui est impossible).
En résumé, les produits français seraient plus compétitifs à l’étranger, car environ 10% moins chers.
Cela aiderait par exemple à doper l’exportation de véhicules automobiles à l’étranger, au lieu de subventionner et doper la consommation des ménages (exemple la prime à la casse).
Plus généralement, un euro 10 % plus faible aiderait en interne les entreprises à accéder au crédit à des taux avantageux et raisonnables.

L’avantage de baisser l’euro se révèlera au niveau des exportations, ou un gain de compétitivité de 10% stimulera le dynamisme des exportations. Cela s’appliquerait également aux grandes entreprises du CAC 40, qui est gagnant par un simple mécanisme d’effets de change.
Les perdants d’une baisse de l’euro seraient les importations. Les entreprises voient augmenter tout ce qui est calculé en dollar. L’exemple le plus significatif serait en ce sens le prix du baril de pétrole, qui coûterait bien plus cher. Les compagnies aériennes, qui vendent leur billet en euro et achètent le pétrole en dollar, seraient fortement pénalisées.

Le changement est-il pour maintenant ?

Les déclarations de Christian Noyer et Mario Draghi ont-elles des chances de se réaliser à court terme ? Cela apparaît peu probable.

En effet, la BCE hésite à intervenir. Elle dispose, malgré un taux d’intérêt directeur très faible, de plusieurs leviers d’actions. Avec une politique volontariste, elle pourrait lancer une campagne de refinancement des banques à long terme (5 ans minimum), et ainsi intervenir sur le marché des petites et moyennes entreprises (PME) afin de stimuler l’entreprenariat par le crédit. Cela permettrait également de baisser temporairement l’euro, ce qui stimulerait l’activité à l’exportation.

La BCE hésite cependant à intervenir pour deux raisons. La première est que son objectif premier est de maintenir l’inflation. La seconde est qu’une intervention pourrait avoir des effets contreproductifs, qui pourraient freiner la relance de l’économie européenne.

Enfin, précisons que l’opinion publique allemande est très divisée sur ce point. La cour constitutionnelle de Karlshrue a précisé récemment que le meilleur moyen  d’obtenir un relâchement de la politique monétaire, et donc une baisse de l’euro, était de rappeler que la BCE doit rester indépendante et veiller à la stabilité des prix.

Le changement n’est à priori pas pour maintenant.

Les as de l’Asset Management 2013

Les plus grands acteurs de l’asset management selon Funds Magazine
Les plus grands acteurs de l’asset management selon Funds Magazine

Funds Magazine, magazine spécialisé sur la production, gestion et distribution de fonds, a publié une intéressante rétrospective rappelant les personnalités qui ont marqué l’année 2013.

Ces hommes, présentés comme « les plus grands acteurs de l’asset management », sont les suivants : Philippe Vayssettes (Banque Neuflize OBC); Jean-Pierre Grimaud (Swiss Life Asset Managers); Philippe Delienne (Convictions AM); Laurent Tignard (Groupe Edmond de Rothschild); Paulo Del Priore (Victoire Brasil Investimetos); Matteo Pardi (HSBC Global Asset Management -France); Christophe Gloser (Fidelity France); Xavier Lépine (La Française);  Didier le Menestrel (Financière de l’Echiquier); Gilles Guérin (THEAM).

Ces dix professionnels de la gestion d’actifs financiers jouent un rôle stratégique majeur pour leurs entreprises et le secteur. Dans un contexte incertain depuis 2008, ils rassurent. Par exemple, Philippe Delienne, créateur de Convictions Asset Management, prévoit une accélération de la croissance aux Etats-Unis pour 2014. Autre signe positif, au Brésil, Paulo Del Priore, Directeur Général de Victoire Brasil Investimentos, estime que « du fait de la vigueur de la demande interne, les valeurs brésiliennes réunissent les conditions d’une performance à la fois durable et autonome ». Il va jusqu’à faire part de la « naissance d’une nouvelle classe d’actifs ».

Ces hommes jugés remarquables par Funds Magazine pour 2013, portent le dynamisme de l’asset management, par leurs prévisions, leurs analyses, mais aussi par leurs décisions et leurs capacités à conduire des projets d’envergure.

Laurent Tignard, Responsable Global du métier d’Asset Mangement au sein du groupe Edmond de Rothschild (EdRAM), a fait entrer EdRAM dans une nouvelle ère, notamment en orchestrant le lancement d’une nouvelle plateforme de gestion quantitative à Londres. Cette structure est appelée à prendre encore davantage d’importance. En effet, une nouvelle expertise va y être gérée, celle de la gestion de fonds de dettes « infra » avec, in fine, un prochain fonds de ce type dédié aux investisseurs institutionnels.

Ces experts, répertoriés par Funds Magazine pour 2013 ont toutes les chances de se faire à nouveau remarquer au cours de l’année à venir. Nous suivrons donc particulièrement leurs actualités.

La contrefaçon : une alternative risquée

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http://www.terrafemina.com/

La contrefaçon touche la plupart des industries ; l’automobile avec les pneus de voitures, les pièces détachés, l’ameublement avec des copies de meubles de créateurs, les jouets, les cosmétiques, la mode, l’agroalimentaire, les nouvelles technologies avec des téléphones mobile contrefaits, l’industrie du tabac et même les médicaments. Ces produits, qui arrivent illégalement sur les marchés traditionnels ainsi que sur internet,  représentent un véritable manque à gagner pour les fabricants honnêtes qui perdent la main sur leurs produits et leur image de marque.

D’un point de vue sanitaire, les produits contrefaits représentent un danger potentiel pour ses consommateurs. Dans le cas de l’utilisation d’un produit cosmétique, où le produit est en contact direct avec la peau, le risque est très élevé. Les périodes de fêtes, particulièrement celle de Noël connaissent une surcroissance du marché de la contrefaçon quand les consommateurs se ruent sur les jouets « imitations ». Le secteur du bâtiment a eu des sueurs froides en 2013 avec le rappel de milliers d’euros de câbles électriques, de sèches serviettes électriques et de détecteurs de fumée, tous défectueux et présentant des risques graves pour la sécurité des occupants des logements concernés.

Lutter contre la contrefaçon

Face à cette prise de risque sous-estimée par les autorités régulatrices et par les consommateurs, les marques se mobilisent afin de lutter contre ce fléau silencieux qui touche l’ensemble des secteurs. La Fédération de l’industrie horlogère suisse donne l’exemple en traquant les contrefaçons de montres et en faisant de ce problème son cheval de bataille. Le commerce en ligne est connu par tous pour ses aubaines en tout genre. L’ameublement en est une. Et la contrefaçon est une des inquiétudes des éditeurs de meubles. Nous pouvons par exemple trouver des meubles tels le fauteuil dessiné en 1956 par Charles et Ray Eames à 950 euros contre 7900 euros pour une pièce dotée de la certification Vitra qui est officiellement la seule entreprise habilitée à le fabriquer en Europe. Internet est un catalyseur de la contrefaçon et ne fait qu’amplifier les conséquences sur les secteurs qui perdent l’exclusivité sur leurs produits.

Trafic de drogue et contrefaçon

Mis en place en 2013, un programme commun de l’ONUDC avec l’organisation mondiale des douanes et de contrôle des conteneurs (PCC) a été mis en place pour lutter contre le passage des frontières des drogues dissimulées dans des conteneurs. Bien que développée pour la lutte contre les drogues, ce programme a démontré que dans plus d’un tiers des contrôles, des produits contrefaits ont également été interceptés. Les réseaux utilisent donc des modus operandi similaires aux réseaux de trafic de drogue. Soulignons aussi que le trafic des contrefaçons de médicaments, par exemple, est considéré comme plus lucratif et moins risqué que le trafic de drogues pour les trafiquants selon une étude de l’Institut de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM).

Ethique et contrefaçon

Comment sont produits les articles de contrefaçon ? L’exploitation des travailleurs qui sont faiblement rémunérés est une autre facette de la contrefaçon. En plus de copier des modèles qui ne sont pas leur propriété intellectuelle et industrielle, les fabricants ont recours à des pratiques réduisant les couts de fabrication : matières premières toxiques ou de mauvaise qualité, travailleurs maltraités, aucuns avantages sociaux, aucun respect de l’environnement parmi d’autres. La qualité des produits présentent des composants qui peuvent gravement nuire à la santé des consommateurs comme le démontre le rapport du laboratoire des douanes françaises de Marseille. En analysant des cigarettes saisies pour contrefaçon, elle a trouvé des crottes de souris dans le tabac. D’un autre point de vue, nous pouvons également mettre en question la volonté du consommateur à avoir une consommation « responsable » face au crime de la contrefaçon. Le prix du produit est très souvent le critère qui influe sur la décision de l’acheteur.

La responsabilité des sites e-commerces

La vente en ligne de produits par les particuliers a connu une explosion de son activité avec sur les dernières années une amplification du phénomène avec des sites comme Ebay et notamment leboncoin qui est devenu le deuxième site sur lequel les Français ont passé le plus de temps après Facebook en 2013. La vente de produits d’occasion est fortement touchée par les contrefaçons. Il est indéniablement très difficile pour les sites de contrôler un à un chaque produit mis en vente sur leur sites ; la modération est faite de façon automatique et implique que très peu d’interventions humaines. La coopération au lieu du contentieux judicaire doit être la solution pour trouver un compromis entre les marques qui souhaitent protéger leurs produits et les sites e-commerce qui souhaitent augmenter leurs chiffres d’affaires.

Le discret retour des « autrichiens »

Parmi les principales écoles de pensée économique, l’école autrichienne, ou école de Vienne, a longtemps fait figure de parent pauvre. Destinée à rester marginale, la crise des subprimes, sévissant à partir de 2007 aux Etats-Unis, l’a soudainement projeté sous les projecteurs de nombreux économistes, politiciens et universitaires, attirés par son explication monétaire de la crise financière. La diffusion de l’école autrichienne d’économie en Europe reste cependant encore aujourd’hui un vaste champ en friche.

Ludwig von Mises
Ludwig von Mises

Histoire et Principes

L’école a pourtant connu son quart d’heure de gloire en 1974, avec la remise du Prix Nobel d’économie à Friedrich von Hayek, tenant de l’économie autrichienne. Celui-ci s’inscrit dans une tradition initiée par la publication des Principes d’économie de Carl Menger en 1871 et dont Ludwig von Mises, fondateur de la société du Mont Pèlerin en est le plus important représentant. L’école autrichienne se détache de la tradition économique néo-classique dans les années 30, à partir du moment où celle-ci décide de faire sienne les idées keynésiennes, et repose sur un axe principal qui fait sa spécificité :

Le subjectivisme : Les partisans de l’école autrichienne ont une approche de l’homme basée sur  l’individualité, loin du modèle de « l’homo oeconomicus » utilisé par les classiques et néo-classiques depuis Adam Smith. Pour les « Autrichiens », l’économie se base avant tout sur l’étude de l’homme qui se veut un être complexe, doué de raison et d’initiative (il est « entrepreneur »), et dont les objectifs ne sont pas uniquement liés à la satisfaction de ses besoins matériels. Cette approche originale implique la nécessaire mise en œuvre des sciences humaines pour le comprendre afin de formuler, en se basant sur l’expérience, des hypothèses sur ses actions à venir : « Personne ne peut être un grand économiste s’il n’est qu’économiste, et je suis tenté d’ajouter que celui qui n’est qu’économiste devient gênant, voire vraiment dangereux ». (F. A. von Hayek).

De ce premier principe découle tout un système d’idées ayant l’individu comme centre de réflexion. Par exemple, dans la pensée de l’école de Vienne, le système de marché n’est pas négatif en soi. D’après les « autrichiens », celui-ci est le résultat d’initiatives individuelles qui se corrigent et se complètent entre elles de manière, certes concurrentielle, mais également constructive. Le marché doit toutefois être régulé comme tous domaine de la vie en société, mais l’action du gouvernement doit se limiter à une action efficace de police, sans intervenir outre-mesure. Le marché doit donc être décentralisé et s’ancrer le plus possible dans la population. Pour que ce système maintienne sa stabilité, les « autrichiens » mettent en avant l’idée de moralité : pour que le marché prospère, l’initiative individuelle doit respecter un cadre éthique. Dans le cas contraire, le rôle de l’Etat est de la sanctionner. «L’économie de marché n’est pas en contradiction avec des valeurs éthiques communes; au contraire, elle les présuppose.» (Václav Klaus).

Ces principes expliquent la critique des économistes proches de l’école autrichienne par rapport à la crise de 2008, causée, selon eux, par un marché centralisé, coupé de la population et basé sur une réglementation développée autour de la seule « règle » de l’offre et de la demande. Dans la gestion de la crise, les économistes de l’école autrichienne reprochent à l’Etat son intervention dans le sauvetage financier de nombreuses banques, délaissant dans le même temps une réforme en profondeur de la règlementation économique.

Critiques et Intérêt

Suite à l’utilisation par Margareth Thatcher et Ronald Reagan de certains concepts prônés par les « autrichiens », ou plus récemment de l’intérêt que leur porte le républicain Ron Paul, également libertarien, l’école autrichienne se trouve souvent assimilée au néo-libéralisme, dont elle s’efforce pourtant de se détacher afin de conserver son indépendance, et essuie de ce fait les même critiques.

De fait, en France, l’école autrichienne d’économie est principalement présente dans l’entourage de personnalités et groupes à tendance libérale tels que l’Institut Turgot, l’institut économique Molinari, qui a organisé son université d’automne sur ce sujet, ou encore les économistes Pascal Salin, Pierre Garello et Renaud Fillieule. On doit également noter que la diffusion et vulgarisation auprès du public français des théories de l’école de Vienne se fait souvent par le biais de sites internet conservateurs à tendance libérale dont l’économiste Thierry Aimar dénonce les amalgames et la « récupération politicienne » qui contribuerait, selon lui, à conserver l’école autrichienne dans un état de « niche intellectuelle ».

Du point de vue du raisonnement, le journaliste français, fondateur de Marianne Jean-François Kahn soutient que le néolibéralisme supposerait une superstructure (Etat fort) capable de faire respecter la libre concurrence contre les conglomérats alors que cette nouvelle mouvance s’oppose aux deux, biaisant ainsi son système de pensée.

 De même, au sujet de la crise économique de 2008, les professeurs d’économie Nouriel Roubini et Stephen Mihm, auteurs du livre Économie de crise – une introduction à la finance du futur, considèrent  que les partisans de l’école autrichienne d’économie ont eu tort « à court terme ». En effet, selon eux, devant l’ampleur et la rapidité de la crise, les interventions massives du gouvernement américain et de la Fed étaient « nécessaires ». Le risque du renforcement d’un déclin économique entraînant des incidences imprévisibles aurait été, en effet, trop risqué. Cependant, « sur le long terme », les deux économistes considèrent que l’analyse des crises vue par l’école autrichienne, en particulier dans leur phase initiale, pourrait s’avérer juste, ce qui pourrait laisser présager dans le futur la possibilité de percevoir et reconnaitre les signaux faibles qui les précèdent.

Si l’Ecole Autrichienne d’économie se rapproche du néolibéralisme du fait de sa volonté de décentraliser le marché et de limiter le rôle de l’Etat, elle en diffère totalement dans les limites posées à celui-ci. Pour un « autrichien », surveiller de près le marché et ses acteurs, exercer un contrôle soutenu auprès des grands organes financiers ne va pas à l’encontre de ses préceptes. L’école de Vienne, de la niche qu’elle occupe, parvient cependant à  exercer une influence discrète sur le débat politique et la recherche en sciences économiques. Quant au principe d’éthique dans l’économie de marché, d’aucun y verront une preuve du caractère utopique de l’école autrichienne. Cependant, après avoir constaté les importants dégâts que peuvent causer les malversations de ne serait-ce qu’un trader, l’idée a le mérite de séduire.

Raphaël B.