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Un euro plus faible ? Un des moyens/moteurs de la croissance française de demain

Le choix politique que font certains, à savoir argumenter sur le fait qu’un euro « faible » situé entre 1,15 et 1,30 dollar pour un euro, serait particulièrement bénéfique pour la compétitivité européenne. D’autres vont plus loin en professant une fin de l’euro : opinion largement partagée par une partie des citoyens européens et français, que les élections  européennes de Mai prochain ne feront malheureusement que constater. Cette opinion est  sans doute économique, au regard des difficultés économiques que la France connaît actuellement. Opinion sans équivoque politique, liée aux technocrates de Bruxelles et la Banque Centrale Européenne, bouc émissaire des maux européens et nationaux.

Le constat s’impose :

Selon les déclarations de Christian Noyer, gouverneur de la banque de France, dans une interview parue le 14 avril dans le Figaro : « l’euro est anormalement fort compte tenu de la position de la zone euro dans le cycle économique et de son retard dans la reprise de la croissance par rapport à d’autres ». Ajoutons également la déclaration de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, qui a fait pression pour que la BCE agisse sur les marchés, pour faire baisser le taux de l’euro. Arnaud de Montebourg et Marine Le Pen, à l’unisson sur ce thème, n’auraient-ils pas tout à fait tort ?
Oui, mais pour de mauvaises raisons.
L’actuel ministre fait la guerre à Bruxelles, invectivant la capitale belge dès qu’une opportunité se présente, dans un souci de politique intérieure.
La candidate Front National aux élections présidentielles de 2012 prétexte un euro trop fort au service d’une oligarchie européenne trop puissante. Il faudrait alors l’abandonner et revenir au franc, dévaluer massivement la monnaie et regagner de la compétitivité (mais augmenter mécaniquement le niveau de la dette avec ladite dévaluation).

Une baisse de l’euro serait profitable à la France

Il y a trois moyens de penser ce phénomène  selon Agnès Benassy-Quéré, professeur à l’université Paris 1, présidente du Conseil d’Analyse Economique.

Si l’on reconstitue l’euro depuis les années 60, la monnaie apparaît légèrement surévaluée, mais sans que cela soit préoccupant.
Le second moyen est d’envisager l’excédent à l’exportation. Rien de bien inquiétant ici car l’UE est excédentaire avec 2,8% du PIB en 2013, tandis que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni sont toujours déficitaires pour la même période.
Enfin, la troisième  variable est celle de la reprise économique. L’UE a aujourd’hui une faible reprise de son activité économique conjuguée à une très faible inflation. C’est ce dernier point qui est particulièrement intéressant.

L’euro oscille à la manière d’un métronome : entre 1,36 et 1,40 dollar pour un euro. Autour d’1,40, les entreprises estiment que nous arrivons à une « zone de stress » entraînant la fragilité de l’ensemble du secteur entrepreneurial, autrement dit un frein majeur à la compétitivité des entreprises. Ce taux est discutable, car il ne reflète pas un niveau stable et général, mais doit s’apprécier en fonction des diverses économies de l’UE, pour le moins de la zone euro.

A titre d’exemple, l’Allemagne, avec un secteur industriel développé et  haut de gamme, peut résister sans trop de difficultés à un euro très élevé. Cependant, il faudra peut-être rediscuter ce point une fois que le salaire minimum sera à 8,5 euro/heure… (Prévu pour la rentrée 2014).

La France, avec des produits sur le marché qui ont une moindre valeur ajoutée, ne peut s’organiser avec un euro qui oscille dans de telles proportions. Les seuls pans de l’industrie qui résistent encore sont les secteurs de la pharmacologie, l’aéronautique ou encore le luxe. Des produits avec une très haute valeur ajoutée.

En quoi un euro plus faible aiderait le dynamisme économique français ?

Selon les estimations d’Agnès Benassy-Quéré, une baisse de 10 % de l’euro conduirait à une hausse temporaire des exportations françaises hors zone euro de 7 à 8 %, à modérer avec une hausse des importations de l’ordre de 3% (sinon il faudrait que les industriels français s’équipent avec des biens Made In France, ce qui est impossible).
En résumé, les produits français seraient plus compétitifs à l’étranger, car environ 10% moins chers.
Cela aiderait par exemple à doper l’exportation de véhicules automobiles à l’étranger, au lieu de subventionner et doper la consommation des ménages (exemple la prime à la casse).
Plus généralement, un euro 10 % plus faible aiderait en interne les entreprises à accéder au crédit à des taux avantageux et raisonnables.

L’avantage de baisser l’euro se révèlera au niveau des exportations, ou un gain de compétitivité de 10% stimulera le dynamisme des exportations. Cela s’appliquerait également aux grandes entreprises du CAC 40, qui est gagnant par un simple mécanisme d’effets de change.
Les perdants d’une baisse de l’euro seraient les importations. Les entreprises voient augmenter tout ce qui est calculé en dollar. L’exemple le plus significatif serait en ce sens le prix du baril de pétrole, qui coûterait bien plus cher. Les compagnies aériennes, qui vendent leur billet en euro et achètent le pétrole en dollar, seraient fortement pénalisées.

Le changement est-il pour maintenant ?

Les déclarations de Christian Noyer et Mario Draghi ont-elles des chances de se réaliser à court terme ? Cela apparaît peu probable.

En effet, la BCE hésite à intervenir. Elle dispose, malgré un taux d’intérêt directeur très faible, de plusieurs leviers d’actions. Avec une politique volontariste, elle pourrait lancer une campagne de refinancement des banques à long terme (5 ans minimum), et ainsi intervenir sur le marché des petites et moyennes entreprises (PME) afin de stimuler l’entreprenariat par le crédit. Cela permettrait également de baisser temporairement l’euro, ce qui stimulerait l’activité à l’exportation.

La BCE hésite cependant à intervenir pour deux raisons. La première est que son objectif premier est de maintenir l’inflation. La seconde est qu’une intervention pourrait avoir des effets contreproductifs, qui pourraient freiner la relance de l’économie européenne.

Enfin, précisons que l’opinion publique allemande est très divisée sur ce point. La cour constitutionnelle de Karlshrue a précisé récemment que le meilleur moyen  d’obtenir un relâchement de la politique monétaire, et donc une baisse de l’euro, était de rappeler que la BCE doit rester indépendante et veiller à la stabilité des prix.

Le changement n’est à priori pas pour maintenant.