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Le social-business : l’économie au service de la réduction de la pauvreté

crédit : Hadrien Meyer / Art Vision System

Le 19 juin 2012, en marge de la conférence des Nations Unies sur le Développement Durable de Rio, l’électricien Schneider Electric et le social-business spécialisé dans l’énergie, Grameen Shakti, ont officiellement créé une joint-venture visant à développer l’accès à l’énergie électrique aux populations les plus défavorisées du Bangladesh. La nouvelle entité économique, Grameen Schneider Electric, témoigne de l’intérêt grandissant des partenariats économiques entre des firmes multinationales et des social-business.

                                                 Développer l’accès à l’énergie durable

La joint-venture Grameen Schneider Electric a été conclue entre Muhammad Yunus, créateur de la Grameen Shakti et prix Nobel de la paix 2006, et Jean-Pascal Tricoire, Président du Directoire de Schneider Electric. Ce social-business ambitionne d’équiper quelques 200.000 foyers en systèmes photovoltaïques domestiques, et ce dès 2013.

 En tant que social-business, la Grameen Schneider Electric répond à certains principes de fonctionnement. Forgé par Muhammad Yunus, la notion de social-business est une activité économique -en opposition à la philanthropie et l’assistance humanitaire- dont le but ultime est la réduction de la pauvreté. Le social-business parvient à accomplir ses objectifs de deux manières : d’un part, en produisant des biens et services ayant une utilité sociale comme le développement de l’accès à l’énergie ; d’autre part, en faisant des populations pauvres l’acteur principal de leur changement de condition économique et sociale. En outre, les bénéfices réalisés par un social-busines à l’occasion de la vente de ses produits ne sont pas distribués aux propriétaires de l’entité économique mais restent dans l’entreprise sociale pour améliorer son activité, voire pour la développer.

 A l’occasion de Rio+20, Jean-Pascal Tricoire expliquait qu’ « en lançant Grameen Schneider Electric en marge de Rio+20, Schneider Electric et la Grameen Shakti associent leurs compétences pour l’accès à l’énergie. Ainsi des solutions durables se développent pour les 1,3 milliard de personnes encore dépourvues de ce droit qu’est l’accès à l’énergie ! »

Le social-business, une autre vision de l’économie

 La création du social-business grâce à l’alliance de Schneider Electric et de la Grameen Shakti s’insère dans une optique de développement durable. Au-delà de ses agissements pour réduire la pauvreté par le biais de l’empowerment, le social-business raisonne en termes de respect de l’environnement. Le développement durable est central dans le social-business, cette « autre type d’activité économique qui prend en compte le caractère multidimensionnel de la nature humaine » selon Yunus.

 Les enjeux sociétaux et les problématiques environnementales sont à la base de cette forme alternative d’activité économique. Pour Yunus, le système économique capitaliste financier est une impasse car il se coupe de l’être humain : l’économiste y substitue une vision « qui prend en compte le caractère multidimensionnel de la nature humaine » où la maximisation systématique des profits est remplacée par la poursuite d’objectifs sociaux spécifiques maximisant le bien-être des populations.

 Muhammad Yunus explique dans son ouvrage « Vers un nouveau capitalisme » :

 « Qu’est ce qui ne va pas ? Dans un monde où le libéralisme économique ne connaît plus guère d’alternative, pourquoi les libres marchés laissent-ils tellement de gens de côté ? Alors que quelques nations sont en marche vers une plus grande prospérité, pourquoi n’est-ce pas le cas d’une grande partie du monde ? L’explication est simple. Dans leur forme actuelle, les marchés libres ne sont pas conçus pour résoudre les problèmes sociaux. A l’opposé, leur fonctionnement pourrait exacerber la pauvreté, la maladie, la pollution, le crime et les inégalités ».

 Dans le contexte actuel de crise économique, sociale et environnementale, la notion de social-business trouve un écho important car elle permet de penser le libéralisme sous un autre prisme.

Yunus soutient qu’il est possible, dans une activité économique marchande, de réaliser des profits sans rechercher la maximisation constante des bénéfices.  Lucide sur les dérives d’un capitalisme unilatéral, Yunus n’en est pas moins un ardent défenseur du libéralisme :

 « Je crois en la liberté des marchés comme source d’inspiration et de liberté pour tous, non comme architecte de la décadence d’une petite élite. La théorie du libre marché souffre d’une défaillance de conceptualisation, d’une incapacité à saisir l’essence même de l’humain. »

La joint-venture et le social-business

La création de la Grameen Schneider Electric illustre l’intérêt de conclure des partenariats entres les firmes multinationales et les social-business locaux pour produire des effets sociaux positifs. Muhammad Yunus voit ces partenariats comme une aubaine car « le monde des affaires concentre l’essentiel de l’innovation financière » mais « n’est pas directement incité à utiliser ses méthodes pour éradiquer la pauvreté ». La création de Joint-ventures permet d’allier la capacité économique des grandes entreprises avec l’objectif des social-business.

En 2005, une autre initiative des joint-ventures vit le jour entre la Grameen Bank, institution de microcrédit créée par Yunus en personne, et le géant agroalimentaire Danone. La Grameen Danone fut créée au Bangladesh pour, selon le protocole d’accord, « réduire la pauvreté grâce à un modèle économique de proximité permettant d’apporter quotidiennement des éléments nutritifs aux pauvres. La joint-venture sera conçue et fonctionnera comme un social-business. Elle cherchera à partager ses bénéfices avec tous ceux que son activité concernera. »

Grameen Danone produit des yaourts savoureux et nutritifs, luttant ainsi contre la malnutrition infantile, tout en cherchant des moyens de servir la collectivité. La Grameen Bank a octroyé de nombreux prêts à des villageois pour acquérir des vaches laitières. Ces personnes sont donc autant fournisseurs des matières premières que consommateurs du produit fini. Plusieurs micro-usines constituent le maillage productif des yaourts. Ainsi, la production de yaourts permet de réduire la pauvreté en offrant un aliment sain et peu onéreux et en redynamisant le tissu économique local pour que les communautés soient acteurs de leur propre changement.

L’expérience de la Grameen Danone fut résumée par l’expression « sauver le monde un pot de yaourt après l’autre » ; le projet de Grameen Schneider Electric pourrait être de « réduire la pauvreté un interrupteur après l’autre ».

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