Archives pour l'étiquette Rapport Gallois

Coût du travail et compétitivité : une relation par si simple

Le rapport Gallois remet, une fois de plus, le coût du travail au centre des enjeux économique. Tous les manuels d’économie affirment que les salaires et les charges qui y sont affiliés représentent un coût qui pèse sur la productivité des entreprises. La compétitivité des entreprises –leur capacité à vendre des biens et services marchands dans un contexte de concurrence- se trouverait plombée par les cotisations sociales et patronales. Alternatives Économies revient sur ce cas d’école plus complexe qu’il n’y paraît  dans son dernier numéro.

Un débat économique toujours d’actualité

« Réduire les salaires ou réduire la masse salariale pour améliorer la compétitivité des entreprises ». Cet apophtegme économique fait un relatif consensus chez les économistes libéraux. Alternative Economique, prenant du recul sur la pensée économique, rappelle que la formation d’un salaire répond en premier lieu à la valeur que l’employeur escompte tirer de son employé. Ainsi, raisonner sur la compétitivité d’une entreprise au regard de la masse salariale devrait s’aborder sous l’angle du rapport entre le coût du travail et sa productivité. Le magazine mensuel prend le SMIC comme exemple. Choix judicieux puisque la doxa économique soutient que la rigidité du salaire minimum est un frein à l’équilibrage du marché de l’emploi et serait donc à l’origine du chômage.

« En proportion de la productivité horaire moyenne (la valeur ajoutée par heure travaillée), le coût horaire du salaire minimum se situe aujourd’hui à son plus bas niveau depuis soixante ans (environ 23 %), soit près de deux fois moins qu’à l’époque de sa création au début des années 1950 (environ 45 %). Sans les exonérations de cotisations sociales sur les « bas salaires », ce ratio serait de 28 %, soit à peu près le niveau observé avant l’instauration du Smic, en 1970, après une période où le salaire minimum avait considérablement chuté. Difficile de conclure dans ces conditions que le niveau du salaire minimum serait un problème ».

Prendre du recul sur les notions économiques et les conséquences politiques qui en découlent passe également par la comparaison avec nos partenaires et voisins européens. Le coût du travail en France est comparable à celui de nos principaux voisins (et oui !) alors que notre productivité est bien plus élevée, supérieure par exemple de plus de 20 % à celle de l’Allemagne. Dans ces conditions, freiner les salaires c’est surtout réduire le pouvoir d’achat, casser la demande et comprimer l’emploi.

Un débat politique vide de sens

Parler de coût du travail est surtout politique. Comme le sujet de la délinquance ou celui de l’immigration, le coût du travail est un marronnier politique qui s’attache plus sur les effets d’annonce que sur une réelle politique de fond. Imaginons une politique publique qui réduise le coût du travail, Certes, l’employeur minimise ses charges mais il reste à savoir  par quelles manières la protection sociale se retrouve-t-elle financée ? Impôts, cotisations sociales ou prélèvements privées, les ménages supportent toujours le coût de la protection sociale. Prenons un Américain, pour accéder à une bonne qualité de vie, il doit souscrire personnellement ses propres assurances sociales…

Nous attendons donc avec patience les conclusions du rapport Gallois qui devrait fournir des propositions pour rehausser la compétitivité dans l’Industrie.  Je doute que le principal problème à l’industrie soit une question de charges salariales mais plutôt une évolution, qui ne date pas d’hier, de la structure économique. La tertiarisation à impliqué un transfert de création de valeur ajoutée vers les services. L’industrie européenne se confronte et collabore avec les pays fraichement industrialisés qui exploitent une armée de réserve. Comment lutter contre la Chine qui rémunère ses ouvriers quelques euros par semaines. D’ailleurs, plusieurs mouvements de grève dénonçant les conditions de travail ont été répertoriés et nous voudrions accentuer notre compétitivité en réduisant le coût du travail ?

Une infographie intéressante et bien faire sur les différence économiques entre la France et l’Allemagne.