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Qu’est-ce que la guerre économique ?

Dans son testament politique, François Mitterrand au bord de la mort écrivait : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort… apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde… C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort! »

Si l’ancien président socialiste évoquait déjà en 1996 la guerre économique, aujourd’hui, alors que la sécurité d’un pays se mesure davantage en emplois sauvés et en domination économique qu’en victoire sur les champs de bataille, le concept de guerre économique fait son chemin dans les esprits.

La guerre économique c’est quoi ?

Fondamentalement, comme l’explique Christian Harbulot, directeur de l’école de guerre économique, c’est « comment des hommes vont développer des moyens pour survivre et comment d’autres vont leur prendre. ». Appliqué à nos sociétés contemporaines mondialisées, il s’agit d’un conflit entre économies concurrentes, dans le jeu des échanges internationaux, d’où sortiront un gagnant et un perdant. (définition wikipedia) Etendu aux entreprises – qui se veulent chaque jour plus indépendantes des Etats – la guerre économique peut également se définir comme une concurrence exacerbée rythmée de pratiques agressives comme le dumping, le lobbying, la normalisation, la contrefaçon concurrentielle, la guerre de l’information, voire même l’espionnage industriel.

Un exemple très concret de guerre économique : l’avion de chasse rafale. Cet avion parmi les plus aboutis au monde, est capable de remplir des missions de reconnaissance, d’interception, d’attaque air-sol, d’attaque air-mer, ainsi que la frappe nucléaire. Là ou trois avions différents seraient normalement nécessaires, le rafale remplit toutes les missions. Cependant, les Etats Unis ont préféré user de leur influence pour empêcher la vente de ceux-ci tout en essayant de développer désespérément un modèle équivalent à coups de milliards de recherche – qui se sont soldés jusque-là par un échec – plutôt que de laisser leur « allié » politique prendre des marchés. Mais ces contrats correspondent en réalité à des milliards d’euros qui ne seront pas injectés dans l’économie française et dans sa croissance.

En pratique, sans que nous le sachions, les aléas de la guerre économique rythment chaque jour nos vies et nos emplois. Prenons un exemple qui touche chacun de nous: les révélations d’Edward Snowden. Si les medias ont expliqué que ce dispositif servait à empêcher le terrorisme, ce n’est que très partiellement vrai. En effet tout « bon terroriste » connaît déjà les pouvoirs des renseignements et possède largement les moyens de s’en prémunir via des logiciels comme TOR. L’analyse de ce dispositif d’espionnage permet de comprendre sa fonction principale : regrouper l’information stratégique par le big data aux profits des entreprises américaines. En effet l’Etat déniche via ses services secrets, la moindre bribe d’information sur les concurrents de ses entreprises nationales. Allant jusqu’à décortiquer les emails privés ou les « messages personnels » des réseaux sociaux, il observe chacune des personnes qui pourraient être en contact avec des informations confidentielles. L’Etat américain, en échange de la coopération secrète de ses entreprises nationales leur cède des rapports qui leur permettront d’infléchir des négociations au cours desquelles des millions/milliards d’euros se joueront avec l’emploi de votre oncle/père/cousin dans le lot. Sans compter le « désagrément » d’être pisté et observé chaque jour pour l’honnête citoyen.

Comme l’explique Christian Harbulot, la France dans tout cela « encaisse ces coups sans rien dire ». En effet explique-t-il « les élites françaises ont choisi d’être sous la protection des Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale. C’est un choix non assumé devant le peuple français. Mais c’est une réalité. » . De leur côté, les entreprises ne parlent pas. En effet, la guerre économique est cachée par ses victimes qui n’osent pas dire qu’elles ont été attaquées – de peur de dévoiler leurs point faibles et de faire fuir les investisseurs – et est cachée par leurs acteurs qui n’ont pas intérêts à venter leurs méfaits ou à dévoiler leur identité. En France cela va encore plus loin : la plupart des dirigeants refusent d’employer des méthodes agressives. Mais pire encore, ils n’imaginent pas que d’autres puissent employer ces méthodes systématiquement et s’en défendent dès lors assez mal. Cet angélisme, orphelin d’un panache français disparu, pourrait bien porter préjudice à la France.

Comment permettre à son entreprise de rester dans la compétition?

La délégation interministérielle à l’intelligence économique propose quelques solutions. Elle conseille de sensibiliser et de former tous les acteurs de l’entreprise , d’anticiper et d’accompagner les évolutions notamment par la veille stratégique pour prendre les meilleures décisions, de sécuriser à travers la prévention des risques, notamment immatériels (savoir-faire, réputation, etc.) et de cultiver son influence à long terme sur l’environnement économique et ses acteurs afin de créer un environnement favorable aux orientations choisies.

En pratique, le plus important est de prendre conscience du danger. Après, il existe de nombreuses solutions, allant de l’autoformation aux cabinets d’intelligence économique, de stratégie et de veille.

Site de la Délégation interministérielle à l’intelligence économique
http://www.intelligence-economique.gouv.fr/

Interview de Christian Harbulot président de l’école de Guerre économique:

Sabordage : Comment la France détruit sa… par agenceinfolibre

Résultats semestriels d’ERAMET : Patrick Buffet affirme sa stratégie pour affronter la crise

(© Vincent Blocquaux / ERAMET)

Lors de la présentation semestrielle des résultats du groupe, fortement impactés par la chute des cours du nickel, le PDG d’ERAMET Patrick Buffet a souhaité mettre en avant une stratégie d’anticipation et de prudence.

Bien entendu, ce point semestriel était tout d’abord marqué par l’impact de la chute des prix du nickel sur le groupe minier français, avec un chiffre d’affaires d’ERAMET Nickel en baisse de 20 % au premier semestre 2013 par rapport au premier semestre 2012. Cette chute des prix s’explique par la croissance des exportations de minerai de nickel de l’Indonésie et des Philippines vers la Chine qui a développé une production de fontes au nickel lui permettant de commercialiser un acier inoxydable de qualité moyenne. Sur ce point, le PDG d’ERAMET espère que le gouvernement indonésien tiendra sa promesse et adoptera une approche plus restrictive sur les exportations de minerais au profit d’une transformation locale, ce qui favoriserait une hausse des prix. « La clé est entre les mains de l’Indonésie » conclue Patrick Buffet, indiquant qu’il poursuivra les discussions avec le gouvernement indonésien. Pour l’heure, la situation est amenée à se maintenir à court terme et le groupe s’y prépare.

« Le gros des investissements stratégiques a été fait » affirmait le PDG du Groupe, qui a profité de deux années de croissance pour consolider ses activités en développant ses grands projets. C’est le cas par exemple du complexe métallurgique de Moanda au Gabon qui représente un investissement de 210 millions d’euros et qui devrait être opérationnel au premier trimestre 2014, a assuré le PDG. Le groupe fait état pour ce premier semestre de l’année 2013 d’une décélération sensible de ses programmes d’investissements par rapport à l’année précédente, s’inscrivant dans le cadre d’une stratégie plus globale de réduction des coûts et d’ajustement de ses productions. Ainsi, le groupe se tient prêt à affronter des années difficiles. Cette politique permettra au groupe d’assurer sa compétitivité et de se maintenir dans le « safe side » selon l’expression du président, tout en ayant la flexibilité nécessaire pour réagir en cas de nouvelles opportunités.

A plus long terme cependant, l’optimisme reste de mise pour le groupe minier. En effet, l’épuisement progressif des anciens gisements nécessiteront des technologies sophistiquées, développées au sein du pôle Recherche & Développement d’ERAMET. La demande pour les métaux et les alliages du groupe conserve par ailleurs un potentiel important, notamment dans les pays émergents. Patrick Buffet a également insisté sur le « climat favorable de coopération » avec le gouvernement gabonais et une production de minerai de manganèse atteignant un niveau record cette année.